Fox : Chronique complète / Full Review

ENGLISH VERSION BELOW 


« Qui est vraiment Francis Fox ? Ce professeur d’anglais nouvellement arrivé à la prestigieuse Langhorne Academy, une école mixte privée du New Jersey, séduit élèves, parents, consœurs et confrères. Mais sa vie passée échappe à tous : d’où vient cet homme à la forte personnalité ? Pourquoi n’est-il jamais resté en poste plus d’une année dans le même établissement ? Que contiennent ces carnets qu’il offre à seulement certaines de ses plus jeunes écolières ? Surtout, que se trame-t-il derrière la porte close de son bureau durant ses heures de permanence ?

Lorsque deux frères ouvriers de la région, Marcus et Demetrius Healy, découvrent sa voiture au fond d’un ravin en plein milieu des marais, environnée de restes humains non identifiables, c’est toute la communauté locale qui vibre d’incertitude. Jusqu’à ce que le détective Horace Zwender mette au jour des vérités perturbantes sur le professeur estimé ... » 

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C’est quand je me suis assise pour rédiger ma chronique que j’ai ressenti toute la lourdeur de ce que je venais de lire. Comme ancienne sexologue et intervenante auprès des victimes d’agressions sexuelles, j’ai entendu bien plus graphique, plus cru et cruel que ce que j’ai lu ici. Là, 840 pages de Joyce Carol Oates, même si pas très graphique, après les 100 dernières pages, c’est vraiment là que ça m’a rentré dedans. 

 

Lire FOX, c'est plonger dans une œuvre qui dérange, bouscule, et laisse un goût amer longtemps après avoir tourné la dernière page. Joyce Carol Oates, fidèle à son écriture incisive, m'a happée dès les premières lignes. Son style, avec ses passages en italique et ses parenthèses, crée une proximité presque inconfortable avec les pensées des personnages. C'est exigeant, parfois oppressant, mais impossible de rester indifférent.

 

Ce qui m'a le plus frappée, c'est la façon dont Oates dissèque la manipulation psychologique. Les références à la théorie du conditionnement de Skinner sont glaçantes, car elles illustrent combien les prédateurs savent cacher leur véritable nature et qu’il groom leur proie. Voir comment le personnage principal rationalise ses actes, refusant de se voir comme un pédophile, m'a mise mal à l'aise — pas parce que c'est mal écrit, mais parce que c'est trop bien écrit.

 

Oates alterne les points de vue, et chaque changement m'apportait une nouvelle information. Les jeunes filles, avec leurs cicatrices invisibles et visibles, sont décrites avec une justesse troublante. Ce qui m'a le plus dérangée, c'est le déni des adultes autour d'elles. Ce refus de voir l'évidence, malgré des preuves accablantes, m'a révoltée.

 

Le thème du silence est omniprésent. Ce n'est pas seulement le silence des victimes, mais aussi celui des institutions, des familles, de la société. Mais à quel prix? J'ai refermé le livre avec cette question en tête : est-ce que le silence protège vraiment les victimes?

 

J'avoue que les cent dernières pages m'ont semblé longues. Aussi, certaines décisions de l'autrice m'ont laissée perplexe. 

 

FOX n'est pas un roman qu'on lit pour se détendre. C'est une lecture qui marque, qui dérange, qui fait réfléchir. Oates ne cherche pas à ménager son lecteur, et c'est ce qui fait la force de ce livre. C'est brutal, mais nécessaire. J'en ressors secouée, mais avec le sentiment d'avoir lu quelque chose d'essentiel. C’est une œuvre dérangeante et nécessaire qui secoue les consciences et provoque des réflexions profondes sur la nature humaine et la protection sociale.

 

À lire si vous aimez : les thrillers psychologiques, les récits qui bousculent et les analyses profondes des comportements humains. Mais âmes sensibles s’abstenir, on parle ici de pédophilie. 


Merci aux Éditions Philippe Rey et à Interforum Canada pour le service de presse


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« Who is Francis Fox? A charming English teacher new to the idyllic Langhorne Academy, Fox beguiles many of his students, their parents, and his colleagues at the elite boarding school, while leaving others wondering where he came from and why his biography is so enigmatic. When two brothers discover Fox’s car half-submerged in a pond in a local nature preserve and parts of an unidentified body strewn about the nearby woods, the entire community, including Detective Horace Zwender and his deputy, begins to ask disturbing questions about Francis Fox and who he might really be.
A hypnotic, galloping tale of crime and complicity, revenge and restitution, victim vs. predator, Joyce Carol Oates’s Fox illuminates the darkest corners of the human psyche while asking profound moral questions about justice and the response evil demands. A character as magnetically diabolical as Patricia Highsmith’s Tom Ripley and Vladimir Nabokov’s Humbert Humbert, Francis Fox enchants and manipulates nearly everyone around him, until at last he meets someone he can’t outfox. »

It wasn’t until I sat down to write my review that I felt the full heaviness of what I had just read. As a former sexologist and all the work I did with victims of sexual assault, I have heard much more graphic, more crude and cruel than what I have read here. The last 100 out of 840 pages by Joyce Carol Oates, even if not very graphic, are where it got to me. 

 

Reading FOX means diving into a work that disturbs, shakes up, and leaves a bitter taste long after turning the last page. Joyce Carol Oates, faithful to her incisive writing, grabbed me from the first lines. Her style, with its italic passages and parentheses, creates an almost uncomfortable proximity to the thoughts of the characters. It's demanding, sometimes oppressive, but it is impossible to remain indifferent.


What struck me most was the way Oates dissects psychological manipulation. 
The references to Skinner's conditioning theory are chilling, because they illustrate how predators know how to hide their true nature and how the groom their prey. Seeing how the main character rationalizes his actions, refusing to see himself as a pedophile, made me uncomfortable — not because it's poorly written, but because it's so well written.
 

Oates alternates points of view, and each change brought me new information. The young girls, with their invisible and visible scars, are described with disturbing accuracy. What bothered me the most was the denial from the adults around them. This refusal to see the obvious, despite overwhelming evidence, revolted me.


Silence is one of the omnipresent themes. It is not only the silence of the victims, but also that of institutions, families, society.?
 
I admit that the last hundred pages seemed long to me. Also, some of the author's decisions left me perplexed.
 
FOX is not a novel you read to relax. It is a reading that marks, that disturbs, that makes you think. Oates does not try to spare her reader, and that is what makes this book strong. It's brutal, but necessary. I came away shaken, but with the feeling of having read something essential. It shakes consciences and provokes profound reflections on human nature and social protection.
 
Read if you like: psychological thrillers, shocking stories and in-depth analysis of human behavior. But sensitive souls refrain, we are talking about pedophilia here.


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