Fox : Chronique complète / Full Review
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C’est quand je me suis assise pour rédiger ma chronique que j’ai ressenti toute la lourdeur de ce que je venais de lire. Comme ancienne sexologue et intervenante auprès des victimes d’agressions sexuelles, j’ai entendu bien plus graphique, plus cru et cruel que ce que j’ai lu ici. Là, 840 pages de Joyce Carol Oates, même si pas très graphique, après les 100 dernières pages, c’est vraiment là que ça m’a rentré dedans.
Lire FOX, c'est plonger dans une œuvre qui dérange, bouscule, et laisse un goût amer longtemps après avoir tourné la dernière page. Joyce Carol Oates, fidèle à son écriture incisive, m'a happée dès les premières lignes. Son style, avec ses passages en italique et ses parenthèses, crée une proximité presque inconfortable avec les pensées des personnages. C'est exigeant, parfois oppressant, mais impossible de rester indifférent.
Ce qui m'a le plus frappée, c'est la façon dont Oates dissèque la manipulation psychologique. Les références à la théorie du conditionnement de Skinner sont glaçantes, car elles illustrent combien les prédateurs savent cacher leur véritable nature et qu’il groom leur proie. Voir comment le personnage principal rationalise ses actes, refusant de se voir comme un pédophile, m'a mise mal à l'aise — pas parce que c'est mal écrit, mais parce que c'est trop bien écrit.
Oates alterne les points de vue, et chaque changement m'apportait une nouvelle information. Les jeunes filles, avec leurs cicatrices invisibles et visibles, sont décrites avec une justesse troublante. Ce qui m'a le plus dérangée, c'est le déni des adultes autour d'elles. Ce refus de voir l'évidence, malgré des preuves accablantes, m'a révoltée.
Le thème du silence est omniprésent. Ce n'est pas seulement le silence des victimes, mais aussi celui des institutions, des familles, de la société. Mais à quel prix? J'ai refermé le livre avec cette question en tête : est-ce que le silence protège vraiment les victimes?
J'avoue que les cent dernières pages m'ont semblé longues. Aussi, certaines décisions de l'autrice m'ont laissée perplexe.
FOX n'est pas un roman qu'on lit pour se détendre. C'est une lecture qui marque, qui dérange, qui fait réfléchir. Oates ne cherche pas à ménager son lecteur, et c'est ce qui fait la force de ce livre. C'est brutal, mais nécessaire. J'en ressors secouée, mais avec le sentiment d'avoir lu quelque chose d'essentiel. C’est une œuvre dérangeante et nécessaire qui secoue les consciences et provoque des réflexions profondes sur la nature humaine et la protection sociale.
À lire si vous aimez : les thrillers psychologiques, les récits qui bousculent et les analyses profondes des comportements humains. Mais âmes sensibles s’abstenir, on parle ici de pédophilie.
Merci aux Éditions Philippe Rey et à Interforum Canada pour le service de presse
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It wasn’t until I sat down to write my review that I felt the full heaviness of what I had just read. As a former sexologist and all the work I did with victims of sexual assault, I have heard much more graphic, more crude and cruel than what I have read here. The last 100 out of 840 pages by Joyce Carol Oates, even if not very graphic, are where it got to me.
Reading FOX means diving into a work that disturbs, shakes up, and leaves a bitter taste long after turning the last page. Joyce Carol Oates, faithful to her incisive writing, grabbed me from the first lines. Her style, with its italic passages and parentheses, creates an almost uncomfortable proximity to the thoughts of the characters. It's demanding, sometimes oppressive, but it is impossible to remain indifferent.
What struck me most was the way Oates dissects psychological manipulation. The references to Skinner's conditioning theory are chilling, because they illustrate how predators know how to hide their true nature and how the groom their prey. Seeing how the main character rationalizes his actions, refusing to see himself as a pedophile, made me uncomfortable — not because it's poorly written, but because it's so well written. Oates alternates points of view, and each change brought me new information. The young girls, with their invisible and visible scars, are described with disturbing accuracy. What bothered me the most was the denial from the adults around them. This refusal to see the obvious, despite overwhelming evidence, revolted me.
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