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BILINGUAL REVIEW - L’imposture : le poids des masques / The Fraud, by Zadie Smith

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English version below Lire  L’Imposture , c’est entrer dans un roman hanté par l’écart entre ce qu’on prétend être et ce qu’on est réellement. Apparence contre réalité. Talent proclamé contre talent réel. Vertu affichée contre contradictions intimes. Un fil que Zadie Smith tire avec obstination, jusque dans la fragmentation même du récit. Premier roman historique de l’autrice,  L’Imposture  se déploie dans l’Angleterre de la fin du XIXe siècle, une société qui se ment à elle-même, encore incapable de regarder en face son passé colonial. Au centre : Mrs Touchet, veuve avant l’heure, femme brillante, abolitioniste, féministe, profondément engagée, dont le regard aigu dissèque son époque avec une lucidité parfois mordante. Plus que l’intrigue, ce sont ses idées, ses positions et sa capacité d’analyse qui structurent le roman. À ses côtés gravite William Ainsworth, cousin et écrivain raté, persuadé de son propre génie, obsédé par la reconnaissance, fréquentant Dicke...

Les Routes oubliées : quand tout dérape

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Résumé éditeur Beauregard Montage a décidé de se ranger. Père de famille et mari aimant, il veut mettre derrière lui ses années de prison, son passé de chauffeur pour les petites frappes locales, et offrir aux siens la stabilité qu'il n'a jamais connue. Mais à Red Hill, petite ville rurale du sud-est de la Virginie aux tensions communautaires exacerbées, la vie d'un Afro-Américain ressemble encore souvent à un couteau planté sous la gorge. Et quand la pression financière se fait trop forte, Beau sait qu'il n'a plus le choix: il doit reprendre du service. Le coup semble gagné d'avance : un braquage dans une petite bijouterie, une fuite sur les chapeaux de roue, une piste intraçable. Sauf que le casse tourne mal. Et que la bijouterie en question appartient à un caïd du coin, prêt à tout pour se venger. Pour Beau, le compte à rebours est lancé.  Mon avis:  Les routes oubliées   est le deuxième roman de S. A. Cosby, et le premier à avoir été traduit en français. Ir...

Suissex - Big Swiss : Ce roman m’a installée dans une zone d’inconfort dont je ne voulais pas vraiment sortir.

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ENGLISH VERSION BELOW!  Résumé de l'éditeur  Greta, 45 ans, vit à Hudson, dans l'état de New York, avec son amie Sabine. Employée par un coach en sexothérapie, elle transcrit pour lui des enregistrements de ses séances. Elle tombe sous le charme d'une de ses clientes régulières, dont elle ne connaît que la voix et qu'elle surnomme Big Swiss. Un jour, elle reconnaît sa voix en promenant son chien au parc et se présente sous un faux nom. Mon avis Quel roman étrange! En tant qu’ancienne sexolgue, la C4 a tout de suite piqué ma curiosité. Je ne savais pas trop dans quoi je m’embarquais en ouvrant   Big Swiss   de Jen Beagin. Et honnêtement, je ne suis toujours pas certaine de pouvoir dire si j’ai « aimé » ce roman au sens confortable du terme. Mais une chose est sûre : il m’a tenue exactement là où il voulait — dans une zone d’inconfort étrange, déstabilisante, mais franchement fascinante. Big Swiss , c’est le genre de roman qui s’écarte volontairement des sentiers battu...

Boucher de Joyce Carol Oates : Quand la science devient un alibi à la violence envers les femmes

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Boucher  de Joyce Carol Oates s’appuie sur une figure historique bien réelle : le Dr Silas Weir Mitchell, autoproclamé « père de la gyno-psychiatrie » au XIXᵉ siècle. Dès les premières pages, je suis plongée dans un univers où la médecine, loin de soigner, sert surtout d’outil de domination, d’expérimentation et de brutalité — particulièrement envers les femmes jugées « indociles ».   Rien, dans ce que je lis, ne me choque au sens strict. Ces pratiques, je les ai apprises durant mes études en sexologie à l’université. Mais savoir que ça a existé n’empêche pas le malaise. La lecture n’est pas toujours facile. C’est même pénible par moments — et je crois que c’est voulu. C’est du Joyce Carol Oates, après tout : une écriture qui insiste, qui répète, qui enfonce le clou jusqu’à l’inconfort.   Le discours médical de l’époque est particulièrement éloquent quant à la perception du corps féminin. Les organes génitaux des femmes sont qualifiés de « répugnants », « infernaux », sys...

Récapitulatif de mes lectures de janvier!

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Ce fut un mois de janvier sous le signe de lecture aux sujets plus sombres et sensibles. C’est un genre auquel je suis habituée et qui me plaît particulièrement. Je vis bien avec ça. Mais j’avoue que, comme souvent après un roman de Joyce Carol Oates (qui sont très glauques et très volumineux), j’ai pris un break de lecture d’une journée, le 30. Ben, presque deux, parce que le 31, j’ai lu juste 20 pages. En plus, j’ai lu moins de pages par jour et j’ai fait des casse-têtes tous les soirs. Comme un peu de quiétude dans mon mois de janvier. Ça fait du bien des petites pauses des fois.  Et toi, t’as lu quoi ? Qu’est-ce qui t’a aidé à passer à travers l’infini mois de janvier ?  

La ligne de nage : la piscine comme métaphore

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Dans   La ligne de nage , Julie Otsuka utilise un lieu en apparence banal — la piscine — pour déployer une métaphore puissante de notre société, de nos rythmes de vie et de nos fractures contemporaines. La piscine devient un microcosme : un espace clos où se croisent les corps, les règles, les obsessions, les peurs et les croyances. Le roman aborde de nombreux thèmes : l’addiction (ici celle de la nage), le vieillissement, le traitement parfois déshumanisant des personnes âgées en centre, les divisions sociales, la circulation des fake news et des théories complotistes, ainsi que notre rapport au temps et à la norme. Pourtant, rien n’est pesant. L’humour discret, parfois absurde, rend la lecture accessible. C’est un roman que l’on peut lire à plusieurs niveaux, selon notre disponibilité mentale : en surface, comme une chronique originale du quotidien ; plus en profondeur, comme une réflexion sociale et existentielle. Alice est le fil conducteur du récit. Même si le premier chapitre...

Les Incels : du clic à l'attentat

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Lire   Les incels   d’Annvor Seim Vestrheim, ce n’est ni entrer dans une galerie de monstres ni tomber dans une lecture psychologisante simpliste. Et c’est précisément ce refus-là qui fait la force de l’essai. D’emblée, l’autrice adopte une posture claire et solide : elle analyse le discours   incel  comme un   fait social et politique , avec une grande rigueur. L’écriture est sobre, précise, sans sensationnalisme. Rien n’est appuyé inutilement, tout est nommé avec justesse. On sent un travail minutieux sur les sources, les mots, les logiques internes du mouvement.   L’essai est dense, très documenté, mais remarquablement structuré. Vestrheim parvient à rendre lisible un univers idéologique complexe sans jamais le simplifier à outrance. Sa capacité à cartographier les récits, les concepts et les glissements discursifs est l’un des grands points forts du livre.   Ce qui frappe aussi, c’est la clarté de l’analyse de la masculinité : les mécanismes de dom...