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«Laissez le feu brûler»

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 Je n’avais jamais entendu parler de MOVE. Ni de ce qui s’est passé à Philadelphie le 13 mai 1985. Pourtant, difficile de comprendre comment un événement aussi hallucinant peut être aussi peu connu. MOVE était un mouvement afro-américain environnementaliste, antispécistes, anti-capitaliste, anti-système et tourné vers un idéal de vie « naturelle ». Un groupe controversé, c’est le moins qu’on puisse dire. Les voisins dénonçaient le bruit, le langage châtié, la saleté, les affrontements et les tensions constantes. Les auteurs prennent bien le temps de nous signifier que la communauté noire de Philadelphie ne les appuyait pas. Qu’on soit d’accord ou non avec leurs idées, une chose demeure : la réponse policière a été complètement disproportionnée. Le 13 mai 1985, après un siège qui s’éternise, la police largue un explosif sur le toit de leur maison. Le feu qui s’ensuit est laissé brûler. Résultat : 11 morts, dont cinq enfants, 61 maisons détruites et plus de 250 personnes déplacées. L...

Prière de remettre en ordre avant de quitter les lieux : Tenir debout dans un récit qui aurait pu la briser

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Il y a des livres qui arrivent après d’autres. Pas pour répéter, mais parce que quelque chose a été ouvert — pis que ça ne peut plus se refermer. C’est exactement ce que fait   Prière de remettre en ordre avant de quitter les lieux   de   Judith Godrèche .   Un récit. Pas un roman. Un texte construit en fragments : photos, lettres, courriels, souvenirs. Quelque chose de décousu, oui — mais comme la mémoire. Comme ce qui revient quand ça veut, pas quand c’est pratique. Et ça, ça fonctionne.   Au centre, il y a cette relation avec   Benoît Jacquot . Elle a 14 ans. Lui, 25 ans de plus. Elle l’appelle « BJ ». Parfois « le maître ». Et elle va vivre avec lui pendant cinq ans.   Déjà là, ça devrait sonner des cloches. Mais non. Parce que le récit qu’on nous a servi longtemps, c’est celui d’une histoire d’amour. Consentie. Presque romantisée. Ce livre-là, il vient faire éclater ça.   Godrèche met en face deux versions : celle de l’homme, et la sienne. El...

Gabriel's Moon

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Résumé de l'éditeur : «Au début des années 1960, Gabriel Dax, auteur reconnu de récits de voyage, réalise au Congo une interview du Premier ministre Patrice Lumumba, qui avoue craindre pour sa vie. De retour à Londres, Gabriel apprend son assassinat. Contacté par Faith Green, une mystérieuse agente du MI6, il tombe bientôt sous son emprise et devient son espion, son « idiot utile », bas­culant dans un labyrinthe de duplicité et de trahisons. Les missions s’enchaînent à travers l’Europe, Cadix un jour, Varsovie un autre, ponctuées de rencontres inquiétantes. Alors que les bandes enregistrées de l’interview de Lumumba par Gabriel attisent l’intérêt de certains, l’affrontement entre Américains et Soviétiques sur fond de crise des missiles à Cuba fait redouter une troisième guerre mondiale. Déroulant les tours et détours d’une intrigue com­plexe, où alternent indices trompeurs et fausses coïnci­dences, William Boyd conjugue ici le genre du roman d’espionnage et l’art virtuose de la nar...

À la table des loups

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À la table des loups  explore soixante ans de la vie de la famille Larkin, marquée par la maladie mentale, la violence et une atmosphère de noirceur persistante.  Ce roman déroute par sa structure et ses thèmes, s’éloignant du simple suspense pour offrir une saga familiale teintée d’autofiction.    Le récit s’articule autour de Myra, l’aînée de la fratrie, et intègre des éléments autofictionnels ainsi que des dates marquantes de l’histoire américaine, ajoutant une touche singulière à l’histoire.   Les dynamiques familiales sont complexes, chaque membre de la fratrie portant un fardeau émotionnel unique.  Certains traumatismes changent le cours de l’existence, et plusieurs membres de la famille en ont fait l’expérience.  Chaque frère et sœur, ainsi que leurs enfants, semble porter un fardeau invisible, rendant leurs histoires à la fois fascinante et déstabilisante.   La psychologie des personnages est d’une profondeur saisissante. Bien que des meur...

L'effondrement

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Autodestruction, alcoolisme, violence et désespoir ont fait partie de la vie du frère aîné d’Édouard Louis. Quand celui-ci décède subitement à 38 ans, Édouard Louis tente de comprendre ce qui est arrivé à son frère. Au-delà de la raison et des conditions de sa mort, il cherche à saisir ce qu’il faisait qu’il était tel qu’il était. En fait, il essaie aussi de définir QUI il était. Au départ, il sait que son père l’a abandonné, que son beau-père l’a humilié et que sa mère ne l’a pas protégé. Mais il tâche de comprendre en détail les mécanismes qui ont contribué à la structure de sa personnalité, aux choix qu’il a faits, aux gestes qu’il a posés et aux paroles qu’il a dites. Louis cherche à savoir qui était son frère et comment il se comportait avec ses amoureuses, lui qui le connaissait comme un être violent.    Les deux avaient une relation complexe. On se souvient que l’auteur a grandi dans un milieu homophobe, et c’est un élément qui séparait les frères. De plus, ils n’é...

Monique s'évade

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Pour compléter  Combats et métamorphoses d’une femme  où il racontait comment sa mère avait quitté son père. Sa mère, une nouvelle fois dans une relation violente, décide de quitter l’homme avec lequel elle habite, avec l’aide de son fils. Ce même fils à qui elle en a longtemps voulu pour avoir écrit la violence de l’enfance qu’il a vécu auprès de ses parents, dans le vibrant  En finir avec Eddy Bellegueule .    Avec ce roman il voulait déterminer quel est le prix de la liberté. Car celle-ci a un prix. Que fait une personne qui n’a pas d’argent pour quitter un conjoint violent? Et même hors du contexte violent. Quand on n’a pas les moyens de quitter une relation qui ne nous convient plus.      « En lisant cette histoire vous devez aussi vous dire : Pourquoi certains fuient, quand d’autres n’ont pas à fuir? Pourquoi certains doivent toujours courir, quand d’autres peuvent dormir? Pourquoi certains doivent toujours lutter, quand d’autres peuven...

Impunité de Hélène Devynck : un brillant et révoltant écrit

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                                                    Impunité  est le récit d’Hélène Devynck, paru à l’automne 2022. C’est un livre coup de poing, dans lequel elle détaille à l’aide d’exemples concrets les conditions qui créent l’impunité des agresseurs connus et en position de pouvoir. Dans ce cas-ci, elle parle de son expérience qu'elle et plusieurs femmes auraient vécues avec un ancien présentateur de nouvelles et écrivain vedette français. Le 18 décembre 2023, il a été mis en examen pour viol sur l’autrice Florence Porcel, commis en 2009. Bien que plusieurs femmes (23) l’aient dénoncé pour agression sexuelle ou viol, les faits sont prescrits dans la quasi-totalité des cas.    Selon Devynck, l'homme, un peu comme Depardieu, aurait joui de la protection et la couverture du milieu. De nombreux membres de son savaient. Un « homme ...

Tiohtiá:ke

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                                                                        Le dernier roman de Michel Jean nous présente Élie Mestenapeo, un Innu, qui a été banni de sa communauté alors qu’il a reçu une sentence de prison pour le meurtre de son père. À sa sortie du pénitencier, isolé et sans ressource, il quitte donc Pessamit pour  Tiohtiá:ke  (Montréal en langue mohawk). Comme il n’a pas d’argent et nulle part où habiter, il se retrouvera dans la rue. Rapidement, il ira au Square Cabot, où il rencontrera de nombreuses personnes issues des Premières Nations aussi en situation d’itinérance. Déracinés, à la dérive, en proie à un besoin de retrouver le sentiment de communauté, ils s’y regroupent. On les accompagnera dans leur cheminement pour trouver leur place, trou...

Histoire de la violence : au-delà des gestes mêmes, la violence persiste

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Édouard Louis nous revient avec un nouveau roman autofictionnel qui raconte la tentative de meurtre et le viol qu’il a subit un soir de Noël. Deux voix nous relatent l’événement et ses suites, la sienne, bien sûr, et celle de sa sœur qui rapporte – et commente – les faits dans un long monologue à son mari qui l’écoute sans broncher. Alors qu’il rentre d’un souper avec des amis, un passant l’accoste sur la rue et insiste pour qu’ils aillent prendre un verre. Édouard résiste, mais Reda ne lâche pas prise tout au long du trajet. Il le harcèle carrément, mais parce qu’il est séduisant et qu’il ne cesse de le suivre, il finit par l’inviter chez lui. Au départ, ça se passe bien. Puis, quand Édouard découvre que Reda lui vole certains de ses effets, son amant devient violent. La violence a de multiples facettes et elle est plus sournoise que les gestes subis. Elle persiste longtemps après l’événement même. Au lendemain de ce soir de Noël, Édouard voit ses amis et leur raconte ce qui lui est a...

Petit Piment d'Alain Mabanckou

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Petit Piment , de son vrai nom « Tokomisa Nzambe po Mose yamoyindo abotami anmboka ya Bakoko » (ce qui veut dire « Rendons grâce à Dieu, le Moïse noir est né sur la terre des ancêtres » ), vit à l’orphelinat de Loango, en compagnie 303 autres pensionnaires, dont son ami Bonaventure. Entre le goujat qui dirige l’orphelinat et les jumeaux Tala-Tala et Songi-Songi qui persécutent les autres orphelins, Petit Piment s’alliera, un peu contre son gré, aux deux jeunes voyous. Quand la révolution socialiste est annoncée, le curé Papa Moupelo, vieux prêtre zaïrois qui leur prodigue l’enseignement religieux, est banni de l’établissement. Sans ces moments de chants et de danse qui sont pour lui du pur bonheur, Petit Piment décide de s’évader de l’orphelinat avec les jumeaux. Il connaîtra la vie de la rue, au Grand Marché de Pointe-Noire où ils commettra de nombreux larcins avec son clan. C’est à ce moment que Petit Piment rencontre Maman Fiat 500, tenancière d’une mai...

Choix de sujet audacieux pour Annie Ernaux

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On peut dire beaucoup d’une personne, de sa vie, de ses finances, à partir de son panier de courses. D’ailleurs quand vous faites vos courses, vous arrive-t-il parfois d’être gêné de voir quelqu’un qu’on connaît? C’est un sentiment que l’on a presque tous éprouvé quelques fois. Ce sentiment que notre intimité est dévoilée à nos connaissances par l’entremise du contenu de notre panier. Annie Ernaux est une auteure qui s’est employée à présenter la vie, telle qu’elle est, dans ses écrits. Raconter la vie, c’est aussi parler du supermarché. Pourtant on n’en parle pas ou presque pas, dans la littérature, bien que nous y allons tous. À ce sujet, Annie Ernaux pose deux hypothèses. La première est que, comme c’est l’affaire des femmes de faire les courses, c’est un acte invisible et inintéressant. D’autre part, elle souligne que jusqu’à il y a 40 ans, les auteurs étaient plutôt issus de la bourgeoisie, qui habitaient Paris où les supermarchés étaient absents. Quelles que soient les rais...