Messages

Tant que je serai Noire

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 Je me suis plongée dans   Tant que je serai Noire   de   Maya Angelou . J’avais déjà essayé de le lire il y a quelques années, puis j’avais réalisé que c’était le quatrième tome de ses Mémoires. J’avais mis ça de côté, me disant que je trouverais les précédents tomes. Finalement, je me suis lancée quand même — et honnêtement, on n’a pas l’impression d’avoir manqué quoi que ce soit. Ça se lit très bien indépendamment. On arrive juste dans sa vie alors qu’elle a 31 ans. On embarque en cours de route, et ça fonctionne. On est en 1959. Quatre ans après le meurtre d’ Emmett Till . Avant les grandes victoires des Civil Rights. On est dans le  « eux contre nous ». Une tension constante, lourde, qui consume tout le monde. D’ores et déjà, je dois avouer que j’ai trouvé ça difficile de lire la haine de certains envers les Blancs. Je la comprends, totalement. Mais il n’en demeure pas moins que ça me dérange. Je sais que la colère est un puissant moteur de changement....

I am not your N*gro

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J’ai fini   I Am Not Your Negro . Il faut un peu de contexte pour vraiment l’apprécier. Si tu ne connais pas Baldwin, le texte   est fragmentaire , et même si tu connais un peu l’auteur, ça reste vrai. Raoul Peck a composé cette œuvre à partir des notes du roman inacheveé   Remember This House , que Baldwin voulait écrire pour raconter les États-Unis à travers des figures marquantes que son Medgar Evers, Malcolm X et Martin Luther King Jr. Le résultat est un vrai patchwork, un collage politique et intime où la pensée de Baldwin circule librement entre mémoire personnelle, critique sociale et accusation frontale.   Baldwin déconstruit l’idée du « problème noir » et pointe ce qu’il nomme le « problème blanc » : la blancheur comme norme, comme innocence supposée, comme refus obstiné de se regarder en face. Être Noir.e aux États-Unis, c’est vivre sous un regard qui nie ton humanité tout en exigeant ton silence. Baldwin montre comment cette dynamique structure la société ...

Parce que... la vie : Parce que... du léger ça fait du bien de temps en temps!

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 Dès les premières pages, j’ai senti que ce roman allait être une lecture cosy et où on peut se retrouver. La course effrénée avec le travail, les enfants, les parents vieillissants… toutes les quadras et plus vont hocher la tête à chaque situation. Les chapitres, titrés façon « Parce que… » suivi d’une expression, donnent un rythme léger et amusant.    Côté style, c’est un peu de la chick lit: l’héroïne est gaffeuse, speedée, et se ramasse dans des situations parfois rocambolesques. Mais t’sais, je sais pas trop si on considère ça comme ça. Anyway! Au-delà de ça, y’a des messages féministes subtils, sur la façon dont on considère les femmes qui dérangent et sortent du lot, mais aussi des petites piques aux masculinistes.    Le passage du lancement avec la description des gens présents? Priceless. Et pour les fans de Grey’s Anatomy… on a droit à un clin d’œil qui fait sourire. Je ne l’ai pas lu en cherchant un message, en cherchant les failles, en essayant de l’...

Mon nom dans le noir,

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 Je m’attendais à un roman d’anticipation plus frontal, presque dystopique. Réchauffement climatique, pannes massives d’électricité, montée du suprémacisme blanc, les États-Unis qui implosent. Tout est là. Mais en réalité, ce décor reste en arrière-plan.   Mon nom dans le noir   est surtout un huis clos.   Ça se passe à Monticello, et ce n’est pas un lieu anodin. Il s’agit de l’ancienne plantation de Thomas Jefferson — celui qui écrivait sur la liberté tout en possédant des centaines d’esclaves et en imaginant Noirs et Blancs séparés. Installer une jeune femme noire, Da’Naisha Love, dans ce lieu chargé d’histoire, c’est fort. C’est ironique. C’est politique. Et il y a une autre dimension liée au lieu que je te laisse découvrir.   Da’Naisha arrive là avec MaViolet, sa grand-mère, Knox, Devin et quelques voisins. Ils tentent de rebâtir une micro-société improvisée, fragile, presque utopique. Le roman est court, à peine deux cents pages, et il se concentre moins su...

Évidemment Martha : Flou, malaise et lucidité

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J’ai découvert ce roman à Noël 2023, dans un paquet surprise commandé à la librairie Exèdre de Trois-Rivières. Le thème ? « À (ne pas) lire en pleine crise existentielle ». Autant dire que le choix était parfaitement calibré. Dès les premières pages, le livre nous entraîne dans une zone de malaise psychologique assumé, sans jamais chercher à rendre l’expérience confortable ou rassurante. L’humour est là, parfois discret, un peu sec, sarcastique — plus pour accentuer le malaise, plutôt que pour l’alléger. Pour souligner l’absurdité de certaines situations aussi.     On fait la connaissance de Martha à travers un cadre familial déjà fragile : une mère sculptrice alcoolique, un père qui travaille sur un recueil de poèmes depuis 50 ans. Ce ne sont pas des parents totalement absents, mais pas vraiment solides non plus. Ils sont là, en surface, sans offrir de véritable stabilité émotionnelle. Rien de très dramatique, mais assez bancal pour laisser des traces. ...

BILINGUAL REVIEW - L’imposture : le poids des masques / The Fraud, by Zadie Smith

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English version below Lire  L’Imposture , c’est entrer dans un roman hanté par l’écart entre ce qu’on prétend être et ce qu’on est réellement. Apparence contre réalité. Talent proclamé contre talent réel. Vertu affichée contre contradictions intimes. Un fil que Zadie Smith tire avec obstination, jusque dans la fragmentation même du récit. Premier roman historique de l’autrice,  L’Imposture  se déploie dans l’Angleterre de la fin du XIXe siècle, une société qui se ment à elle-même, encore incapable de regarder en face son passé colonial. Au centre : Mrs Touchet, veuve avant l’heure, femme brillante, abolitioniste, féministe, profondément engagée, dont le regard aigu dissèque son époque avec une lucidité parfois mordante. Plus que l’intrigue, ce sont ses idées, ses positions et sa capacité d’analyse qui structurent le roman. À ses côtés gravite William Ainsworth, cousin et écrivain raté, persuadé de son propre génie, obsédé par la reconnaissance, fréquentant Dicke...

Le professeur d'Émilie Frèche

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Résumé de l’éditeur «  Une élève l'a accusé, un père l'a traité de voyou, un homme de foi a demandé sa radiation. Des vidéos ont été diffusées, des menaces ont été prononcées, une rumeur malfaisante s'est installée. Les collègues se sont désolidarisés. On a organisé des réunions. On a fait venir un référent. Et on a demandé au professeur de s'excuser. Il n'avait pas commis de faute, pourtant, ni d'erreur, mais on lui demandait de reconnaître qu'il avait froissé ses élèves. Nous étions le 9 Octobre 2020, à Conflans-Sainte-Honorine. Une semaine plus tard, ce professeur était décapité à la sortie de son collège. Il s'appelait Samuel Paty.» Mon avis C’est un texte difficile à commenter. Non pas à cause de ce qu’il raconte, mais parce qu’il s’appuie sur des faits réels, qui, en soi, ne se commentent pas dans un avis de lecture.  Le Professeur  se lit vite. Trop vite presque. Et pourtant, il laisse une trace lourde, persistante. Émilie Frèche ne cherche ni à e...