Messages

Les fantômes de Shearwater

Image
Lire   Les fantômes de Shearwater /  Wild Dark Shore , c’est entrer dans un territoire où la nature prend toute la place. Pas juste comme décor. Comme présence. Comme menace. Comme mémoire. L’île de Shearwater finit par devenir un personnage à part entière : le vent, le froid, l’humidité, les cris des oiseaux, les fantômes des animaux massacrés qui semblent encore hanter l’endroit. Tout dans l’écriture de  Charlotte McConaghy   est sensoriel. On sent le sel, le gel, la bouette, les vêtements trempés. Ça crée une ambiance lourde, isolée, presque suffocante par moments. Le roman repose beaucoup plus sur son atmosphère et sur la psychologie de ses personnages que sur le suspense pur. Pis ça, je pense que c’est important de le dire, parce que le marketing peut presque laisser croire à un thriller. Oui, il y a un mystère. Oui, il y a un secret — « the thing » — qui plane sur le récit. Mais honnêtement, ce n’est pas particulièrement difficile à deviner. Sauf que le livre ...

Les maîtres du sol : audacieux, foisonnant, impressionnant!

Image
Résumé de l'éditeur :  « Une chasse à l’homme fait rage dans Aldea, un village de pêcheurs sur la côte de l’actuel Ghana. On traque l’ivrogne qui a assassiné, en pleine rue, un oburoni – l’un de ces guerriers marchands arrivés de leur lointain Portugal il y a bien des années. Depuis leur forteresse sur la falaise, ils s’immiscent toujours plus dans les affaires du royaume. L’omanhene ne gouverne plus tout à fait seul. Les anciens s’en inquiètent, mais nul ne semble pleinement conscient des forces nouvelles qui régissent le coeur et le destin des hommes. Quand la terre cesse d’être un héritage pour devenir une marchandise, l’équilibre du monde vacille. Depuis la côte d’Elmina jusqu’aux bibliothèques de l’antique Tombouctou, Les maîtres du sol déploient en une fresque saisissante les ravages des premiers contacts entre l’Afrique et l’Europe, au XVe siècle. Le second roman de Ryad Assani-Razaki est aussi une méditation spirituelle et politique sur la souveraineté des peuples, et...

Mamu : recueil de textes sur l'amour

Image
Lire  Mamu , c’est entrer dans un territoire où l’amour n’est pas toujours simple. On est loin des histoires cute pis confortables. L’amour, dans ce recueil-là, est traversé par le deuil, l’arrachement, la colère, l’héritage. Certains textes sont habités par une forme de manque. Manque d’un territoire, manque d’une langue, manque d’un lien. Mais il y a aussi de la chaleur, de la douceur et plein de nuances.    Y’a des voix qui m’ont vraiment embarquée. Joséphine Bacon, avec  Le café de la 8e île , m’a happée solide. Court, mais d’une beauté tranquille. J’en aurais pris plus, facilement. Marie-Andrée Gill, dans  Partout et nulle part , livre un amour large, presque diffus, mais profondément senti. Ça, j’ai embarqué. Pis Michel Jean… pas de surprise là. Dans  La somme de leur amour , il raconte, il incarne, il fait ressentir. Ça touche direct. Même chose pour Shayne Michael avec son texte dystopique ( Tambours de l’amour ). Le besoin de contact...

Celle qui parle aux morts

Image
Résumé de l'éditeur :  « Cassie Raven est gothique, elle a un goût prononcé pour les piercings, les tatouages et la taxidermie. Technicienne à la morgue de Camden, elle prépare les corps avant l’autopsie pratiquée par l'anapathologiste. Et elle fait plus que ça : elle prend soin de ses "patients". Ses collègues, qui la trouvent un peu borderline, pensent qu'elle a un don : celui de parler aux morts. Il suffit d'y prêter attention. Car souvent, ils ont quelque chose à dire... Cassie n'est pas du genre à flancher et à perdre les pédales. Mais elle vient d'apprendre que se Babcia bien-aimée, sa grand-mère qui l'a élevée depuis la mort tragique de ses parents dans un accident de voiture, lui a menti depuis le début, et que toute sa vie s'est construite sur une illusion. Pour en avoir le cœur net, elle va devoir demander de l'aide à la lieutenante Phyllida Flyte, cette beauté glaciale qui l'émeut singulièrement malgré sa répulsion instinctiv...

Body Language

Image
 Il y a des personnages qui te restent dans la tête longtemps après avoir refermé le livre. Cassie Raven, clairement, fait partie de ceux-là.   Dans   Body Language   de   A.K. Turner , on débarque à la morgue de Camden. Cassie y travaille comme technicienne : elle prépare les corps, assiste aux autopsies… et, accessoirement, parle aux morts. Oui oui. Et pour elle, c’est pas une métaphore.   Avec son look gothique, ses piercings, ses tattoos pis son côté franchement asocial, Cassie pourrait être cliché. Mais non. Elle est brillante, sensible, un peu rough sur les bords, pis surtout profondément attachante. Son rapport à la mort, façonné par un passé pas mal chargé — elle a perdu ses parents jeune — donne quelque chose d’unique.   L’histoire prend un tournant quand elle voit arriver sur sa table le corps de Géraldine Edwards, son ancienne prof de sciences. Celle qui l’a sortie de la rue. Officiellement, c’est une mort accidentelle. Cassie, elle, y croit...

The Damages

Image
Lire  The Damages , c’est accepter de rester dans une zone grise. Pis pas une petite. Une zone qui dérange, qui accroche, qui remue. Le roman est ancré dans deux moments de crise : la crise du verglas en Ontario en 1998 et la pandémie de 2020. Deux époques. Deux climats sociaux. Deux visions complètement différentes du consentement, de la responsabilité, de la faute.   En 1998, la coloc de Ros disparaît pendant le verglas. En 2020, son ex — père de son fils de 11 ans — est accusé d’agression sexuelle pour des gestes posés des années plus tôt. Et là, tout s’entrechoque.   À plusieurs moments, j’avais envie de lui dire :  voyons donc, pourquoi tu mens comme ça? C’est pas si grave! Pis après, je me suis rappelée la fille que j’étais à 18-19 ans. Celle qui voulait  fitter in . Être choisie. Être validée. Être aimée par la fille cool — Sue, la  it girl  du groupe. À cet âge-là, le regard des autres, c’est tout. Ros ment pour se sentir appartenir. Pas p...

Prière de remettre en ordre avant de quitter les lieux : Tenir debout dans un récit qui aurait pu la briser

Image
Il y a des livres qui arrivent après d’autres. Pas pour répéter, mais parce que quelque chose a été ouvert — pis que ça ne peut plus se refermer. C’est exactement ce que fait   Prière de remettre en ordre avant de quitter les lieux   de   Judith Godrèche .   Un récit. Pas un roman. Un texte construit en fragments : photos, lettres, courriels, souvenirs. Quelque chose de décousu, oui — mais comme la mémoire. Comme ce qui revient quand ça veut, pas quand c’est pratique. Et ça, ça fonctionne.   Au centre, il y a cette relation avec   Benoît Jacquot . Elle a 14 ans. Lui, 25 ans de plus. Elle l’appelle « BJ ». Parfois « le maître ». Et elle va vivre avec lui pendant cinq ans.   Déjà là, ça devrait sonner des cloches. Mais non. Parce que le récit qu’on nous a servi longtemps, c’est celui d’une histoire d’amour. Consentie. Presque romantisée. Ce livre-là, il vient faire éclater ça.   Godrèche met en face deux versions : celle de l’homme, et la sienne. El...