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La ligne de nage : la piscine comme métaphore

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Dans   La ligne de nage , Julie Otsuka utilise un lieu en apparence banal — la piscine — pour déployer une métaphore puissante de notre société, de nos rythmes de vie et de nos fractures contemporaines. La piscine devient un microcosme : un espace clos où se croisent les corps, les règles, les obsessions, les peurs et les croyances. Le roman aborde de nombreux thèmes : l’addiction (ici celle de la nage), le vieillissement, le traitement parfois déshumanisant des personnes âgées en centre, les divisions sociales, la circulation des fake news et des théories complotistes, ainsi que notre rapport au temps et à la norme. Pourtant, rien n’est pesant. L’humour discret, parfois absurde, rend la lecture accessible. C’est un roman que l’on peut lire à plusieurs niveaux, selon notre disponibilité mentale : en surface, comme une chronique originale du quotidien ; plus en profondeur, comme une réflexion sociale et existentielle. Alice est le fil conducteur du récit. Même si le premier chapitre...

Les Incels : du clic à l'attentat

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Lire   Les incels   d’Annvor Seim Vestrheim, ce n’est ni entrer dans une galerie de monstres ni tomber dans une lecture psychologisante simpliste. Et c’est précisément ce refus-là qui fait la force de l’essai. D’emblée, l’autrice adopte une posture claire et solide : elle analyse le discours   incel  comme un   fait social et politique , avec une grande rigueur. L’écriture est sobre, précise, sans sensationnalisme. Rien n’est appuyé inutilement, tout est nommé avec justesse. On sent un travail minutieux sur les sources, les mots, les logiques internes du mouvement.   L’essai est dense, très documenté, mais remarquablement structuré. Vestrheim parvient à rendre lisible un univers idéologique complexe sans jamais le simplifier à outrance. Sa capacité à cartographier les récits, les concepts et les glissements discursifs est l’un des grands points forts du livre.   Ce qui frappe aussi, c’est la clarté de l’analyse de la masculinité : les mécanismes de dom...

Les prénoms : Trois vies. Un seul choix. Et tout ce qui se joue autour.

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Résumé de l'éditeur :  « Et si le choix de votre prénom déterminait le cours de votre vie ? En 1987, au lendemain d’une grande tempête, Cora se met en route avec sa fille de neuf ans pour déclarer la naissance de son nouveau-né. Son mari, Gordon, médecin respecté, mais tyrannique et oppressant dans l’intimité du foyer, souhaite qu’elle perpétue la tradition familiale et que l’enfant porte son prénom. Pourtant, au moment crucial d’acter cette décision, Cora hésite.  S’ouvre alors un récit en trois variations, trois trajectoires possibles, durant trente-cinq années. C’est l’histoire de Gordon, Bear et Julian, de trois versions d’une vie et des possibilités infinies qu’une simple décision peut déclencher. C’est l’histoire d’une famille et de l’amour qui perdure, quoi que le destin réserve. » Mon avis : Quand j’ai commencé   Les prénoms   de Florence Knapp, j’ai été happée par la prémisse. L’idée qu’un simple prénom puisse infléchir toute une vie est le genre de concept ...

Le châtiment d’une histoire jamais réparée

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Résumé de l'éditeur :  «  Une série de meurtres brutaux secoue la petite ville de Money, Mississippi : des hommes blancs sont retrouvés atrocement mutilés. Mais ces meurtres recèlent un mystère, car sur chaque scène de crime on retrouve un second cadavre qui ressemble comme deux gouttes d’eau à Emmett Till, un garçon noir lynché dans la même ville en 1955. Lorsqu’un duo d’enquêteurs tout en second degré est dépêché sur les lieux, il se heurte à la résistance attendue du shérif, de ses adjoints, du légiste et d’une cohorte de Blancs tous plus racistes les uns que les autres. Les deux agents spéciaux pensent avoir affaire à des crimes punitifs… Dans cette comédie noire audacieuse et provocatrice, Everett a le racisme et les violences policières dans le collimateur et déploie son intrigue à un rythme effréné, ne laissant aucune chance au lecteur de détourner le regard. » Mon avis :  Dès les premières pages de  Châtiment , j’ai été happée (comment ne pas l’être ?). L’int...

Peuple de verre : quand ne pas avoir de toit devient un crime

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Avec   Peuple de verre , Catherine Leroux propose un roman résolument ancré dans l’actualité, qui s’attaque de front à la crise du logement et à ses répercussions sociales. Dans un futur à peine décalé du nôtre, la pénurie est telle qu’une partie importante de la population n’a tout simplement plus d’endroit où habiter. Ces personnes, appelées les « inlogés », se regroupent dans des camps improvisés qui dérangent autant le gouvernement qu’une frange plus privilégiée de la population, soucieuse de préserver une image lisse, propre et maîtrisée de la société.   L’intrigue s’amorce avec la disparition inquiétante de plusieurs inlogés. Sidonie, journaliste d’enquête au verbe acéré et au sarcasme bien affûté, décide de s’intéresser à ces disparitions que les autorités semblent vouloir passer sous silence. À travers son enquête, Leroux expose avec force la fracture entre les inlogés et ceux qui possèdent un toit, un emploi stable et une place reconnue dans l’ordre social. ...

Les éléments : Quatre éléments. Une même violence

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Avec   Les Éléments , John Boyne signe un roman aussi ambitieux que dérangeant. Quatre récits, quatre éléments, quatre personnages principaux, reliés par des croisements parfois discrets, parfois vertigineux. Ils se sont rencontrés, frôlés, influencés sans toujours le savoir. Rien n’est laissé au hasard : les histoires se répondent et composent un ensemble cohérent et profondément troublant.   Le fil conducteur du roman est clair et frontal :   les violences sexuelles et leurs   séquelles , notamment lorsqu’elles touchent des mineurs. Boyne explore la   culture du viol , la culpabilité, la honte, le déni, la quête de rédemption — ou son impossibilité. C’est une lecture qui peut être lourde, éprouvante émotionnellement, mais elle est aussi   puissante et immersive , portée par une écriture   sobre, sensitive , jamais sensationnaliste.   Les personnages sont l’un des grands points forts du livre. Tous sont complexes, contradictoires, profondément hu...

Rue Duplessis : un récit qui m'a fait relever un sourcil plusieurs fois

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J’ai lu ce livre il y a plus d’un an, mais j’ai longtemps repoussé l’écriture de mon avis. Disons-le d’emblée : mon opinion n’est pas la plus populaire. À l’époque, je ne voyais passer que des critiques hyper élogieuses, alors que ma lecture, elle, m’a plutôt exaspéré. Oui, j’y ai vu quelqu’un pris entre deux « clans », un peu coincé entre deux chaises, sans vraiment savoir où se poser, mais…   J’ai aussi un malaise, je l’avoue, avec la notion de transfuge de classe. Le concept me dérange, même si je reconnais totalement la réalité et la souffrance de celles et ceux qui s’y reconnaissent. Et même si, selon moi, les classes sociales sont moins rigides au Québec qu’en France, ça n’enlève rien au vécu de l’auteur ni à celui des lecteurs et lectrices concerné·e·s.   Ce qui m’a le plus irritée, c’est l’impression que l’auteur se place parfois dans une posture de victime. Pourtant, des transfuges de classe, il y en a beaucoup : des personnes immigrantes, des...