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Au bout de notre sang : et si la vraie question n’était pas la ménopause?

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Vieillir comme femme, ce n’est pas seulement une affaire d’hormones. C’est aussi une histoire de regard. De place qu’on nous accorde — ou qu’on nous retire. Et de tout ce qu’on a porté pendant des années. Le collectif  Au bout de notre sang : malmenées, maltraitées, ménopausées , publié chez Hamac, rassemble une série de textes d’autrices qui réfléchissent à la ménopause. Mais très vite, on comprend que le livre parle d’autre chose aussi :  du vieillissement des femmes dans une société qui valorise surtout leur jeunesse et leur désirabilité . Le recueil est riche parce que les expériences sont multiples. Les textes sont très différents dans le ton comme dans la forme : certains sont introspectifs, d’autres plus revendicateurs, parfois cyniques, parfois lumineux. Comme dans tout collectif, certains m’ont davantage marquée.  Celui de Anne Peyrouse apporte une touche d’humour que j’ai bien aimé. «Je ris je glousse je tousse j'atchoume je saute je fais des squa...

Les cennes noires d'Akena Okoko

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Akena Okoko, mieux connu sous le nom de KNLO, membre d’Alaclair Ensemble, signe ici un texte qui respire la poésie du quotidien.   Fils d’un père congolais (RDC, zaïrois), il remonte le fil de ses jobs comme on fait l’inventaire d’une vie en chantier : assistant camelot avec ses frères, entraîneur de soccer, plongeur, préposé au sandwich chez Subway, soldat de réserve dans les Forces armées, ouvrier à l’usine de Crocs, cobaye pour des études cliniques, fleuriste, caissier de dépanneur, entraîneur de basket, videur de truck au casino, déménageur, employé de construction et j’en passe. La vie d’artiste, c’est souvent ça : être polyvalent, débrouillard, accepter que la création se faufile entre deux quarts de travail. Mais le livre ne parle pas seulement de précarité. Il parle de valeurs. De persévérance, d’efforts, d’appartenance. De ce qui compte vraiment quand le chèque est encaissé et que la fatigue reste.   Il y a quelque chose de profondément beau dans sa faç...

Noces de coton d'Edem Awumey : Révolution verte, désillusion noire

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Je vais être honnête :   Noces de coton   de   Edem Awumey ,   ça m’a demandé plus que ce que j’étais capable de donner au moment où je l’ai lu.   C’est un roman qui pense. Beaucoup. Ça discute, ça argumente, ça fouille l’histoire du coton, la colonisation, la «Révolution verte», les multinationales, l’illusion du progrès. Et si t’es un peu fatigué.e, tu peux passer à côté de plein de choses.   Le huis clos dans le musée de la Révolution verte — avec ses photos de travailleurs obligés de sourire, coton blanc à la main — c’est d’une ironie violente. La colonisation ne disparaît pas. Elle se  rebrande . Elle met un logo vert sur ses pratiques. Elle parle d’aide, de rendement, d’innovation.   Mais le fil reste le même.   La langue d’Awumey est dense, presque hypnotique. Il écrit comme on tisse : phrase par phrase, fibre par fibre. Il y a quelque chose de très maîtrisé, presque solennel par moments. Ce n’est pas une écriture pressée. Ça demande q...

Effacement

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 Dans   Effacement   de   Percival Everett , Thelonious « Monk » Ellison est un auteur érudit, absolument brillant — il est clairement pas neurotypique. Parfois, je te jure, c’est étourdissant tellement le dude est intelligent. Il pense vite, loin, tout le temps. Ses conférences sont d’un absurde délicieux. C’est brillant, sarcastique, mais aussi volontairement long, presque rébarbatif.  Alors, Monk, écrivain exigeant et cérébral, fait le pire (ou le plus brillant ?) move possible : il écrit une parodie caricaturale de roman « ghetto » pour l’argent. Pas par militantisme. Pas pour dénoncer frontalement. Pour vendre. Et ça marche. Là-dedans, le code switching devient central. L’effacement aussi. Effacer sa complexité pour fitter dans ce que le marché blanc attend. Performer une identité simplifiée, digeste, monnayable. C’est brutal, mais souvent très drôle. L’exagération sert de bouclier : on rit… et le message passe pareil. Moi, j’a...

Récapitulatif des lectures de février

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 Le mois de février est le mois de l'histoire des Noir.e.s et j'ai décidé de faire diminuer ma pile de livres de littérature africaine ou afro-descendante. Disons qu'au départ, j'avais un peu de choix... 😁 Ça c'est une partie des titres que j'ai :  Alors voilà, j'ai puisé dedans durant le mois et je n'ai PAS ACHETÉ de livre avant le 25 février! Toutes les lectures que j'ai faites durant le mois provenaient de ma collection déjà acquise, sauf pour deux exceptions. Un service de presse reçu des Éditions Libre expression (merci, merci!) et un emprunt à la bibliothèque. Voici donc mes lectures du mois!

Tant que je serai Noire

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 Je me suis plongée dans   Tant que je serai Noire   de   Maya Angelou . J’avais déjà essayé de le lire il y a quelques années, puis j’avais réalisé que c’était le quatrième tome de ses Mémoires. J’avais mis ça de côté, me disant que je trouverais les précédents tomes. Finalement, je me suis lancée quand même — et honnêtement, on n’a pas l’impression d’avoir manqué quoi que ce soit. Ça se lit très bien indépendamment. On arrive juste dans sa vie alors qu’elle a 31 ans. On embarque en cours de route, et ça fonctionne. On est en 1959. Quatre ans après le meurtre d’ Emmett Till . Avant les grandes victoires des Civil Rights. On est dans le  « eux contre nous ». Une tension constante, lourde, qui consume tout le monde. D’ores et déjà, je dois avouer que j’ai trouvé ça difficile de lire la haine de certains envers les Blancs. Je la comprends, totalement. Mais il n’en demeure pas moins que ça me dérange. Je sais que la colère est un puissant moteur de changement....

I am not your N*gro

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J’ai fini   I Am Not Your Negro . Il faut un peu de contexte pour vraiment l’apprécier. Si tu ne connais pas Baldwin, le texte   est fragmentaire , et même si tu connais un peu l’auteur, ça reste vrai. Raoul Peck a composé cette œuvre à partir des notes du roman inacheveé   Remember This House , que Baldwin voulait écrire pour raconter les États-Unis à travers des figures marquantes que son Medgar Evers, Malcolm X et Martin Luther King Jr. Le résultat est un vrai patchwork, un collage politique et intime où la pensée de Baldwin circule librement entre mémoire personnelle, critique sociale et accusation frontale.   Baldwin déconstruit l’idée du « problème noir » et pointe ce qu’il nomme le « problème blanc » : la blancheur comme norme, comme innocence supposée, comme refus obstiné de se regarder en face. Être Noir.e aux États-Unis, c’est vivre sous un regard qui nie ton humanité tout en exigeant ton silence. Baldwin montre comment cette dynamique structure la société ...