Les Disgracieuses
Dans Les Disgracieuses, Claudia Larochelle s’inspire de moments marquants de sa vie pour livrer trois récits personnels. Des textes ancrés dans l’expérience, qui abordent sans fards les désillusions, les rapports de pouvoir et la violence — souvent banalisée — exercée par les hommes sur les femmes, notamment dans le milieu du travail.
Le premier texte revient sur son adolescence dans une école secondaire privée, un univers de filles privilégiées en apparence, mais pas à l’abri des rapports de domination. L’autrice nomme les choses clairement, sans détour, notamment les abus d’hommes en position d’autorité envers de jeunes femmes et des adolescentes. C’est frontal, et ça fait écho à des réalités encore trop présentes.
Elle évoque aussi ses désillusions professionnelles et décrit un milieu des communications et de la culture qu’elle qualifie de parfois toxique, plutôt fermé, dominé par un boys club où les femmes doivent constamment négocier leur place. À ce niveau-là, plusieurs passages m’ont semblé tristement familiers. Beaucoup de femmes peuvent s’y reconnaître.
J’ai été surprise — et un peu déstabilisée — de voir à quel point Larochelle se montre vulnérable face à ses propres angles morts. Elle raconte notamment s’être elle-même retrouvée dans une certaine position de soumission, en devenant la maîtresse d’un homme connu. Elle nomme les pièges, la séduction, le pouvoir du charisme masculin, et montre comment même une femme féministe peut s’y laisser prendre. Cette honnêteté-là, sans justification ni glorification, est à son crédit.
Je l’avoue : dans les premières pages, j’ai craint d’avoir devant moi le texte d’une femme aigrie. Mais peu à peu, le propos se précise, gagne en profondeur et en nuance. C’est surtout le troisième texte que j’ai le plus aimé — non pas par voyeurisme, mais pour sa maturité, sa densité et ce qu’il dit de la sororité et du féminisme vécu, imparfait, incarné.
Les Disgracieuses est un livre bien écrit, honnête, parfois percutant. Je ne peux pas dire que j’ai été charmée, mais j’y ai trouvé une parole lucide et nécessaire.
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