Le châtiment d’une histoire jamais réparée
Résumé de l'éditeur :
Mon avis :
J’ai toutefois buté assez tôt sur un point : que les deux agents afro-américains du MBI (Mississippi Bureau of Investigation) — clin d’œil évident aux Men in Black —, chargés de l’enquête, semblent ignorer l’histoire de Money et le meurtre d’Emmett Till m’a paru peu crédible. Ce détail m’a sortie un instant du récit. Mais très vite, j’ai compris que le réalisme n’était pas l’enjeu principal du roman. Everett manie habilement l’absurde, l’excès, et même l’invraisemblance, pour mieux mettre en lumière l’effacement de la mémoire et le déni institutionnel.
Ce qui m’a séduite, c’est le ton du livre. Jamais pesant, malgré un sujet lourd, Châtiment avance avec un humour grinçant et une ironie mordante. Les clins d’œil sont nombreux, les noms des personnages souvent cocasses, et certains passages sont franchement drôles — entre autres celui évoquant un président à la chevelure reconnaissable entre mille, jamais nommé, mais immédiatement identifiable. On frôle parfois la caricature, presque la satire pure, et cela fonctionne.
La lecture est addictive. L’intrigue m’a happée, portée par un rythme soutenu et un crescendo d’action très efficace. Je me suis surprise à tourner les pages sans voir le temps passer. Plus l’histoire avance, plus elle devient déjantée, assumant pleinement sa dimension grotesque. Et pourtant, derrière cette folie apparente, il y a une véritable enquête, construite avec sérieux, qui tient en haleine.
J’ai aussi apprécié que le roman ne se contente pas d’être une farce macabre. Il pose une question essentielle : que fait-on d’un passé qui n’a jamais été réparé ? Chez Everett, l’histoire ne se tait pas, elle revient, elle s’incarne, elle réclame son dû. Le châtiment, ici, semble moins relever de la justice humaine que d’une vengeance historique inévitable.
En revanche, je suis restée dubitative devant la fin. Elle ne répond pas à toutes les interrogations, loin de là. Ce choix m’a un peu frustrée, même si je reconnais qu’il est cohérent avec l’esprit du roman. Everett ne cherche pas à rassurer son/sa lecteurice ni à lui offrir une conclusion nette. Il laisse volontairement des zones d’ombre, comme pour rappeler que certaines histoires ne connaissent pas de véritable résolution.
Châtiment est une lecture aussi jubilatoire que dérangeante. Un roman audacieux, drôle, cruel, qui bouscule, mais dont on ne fait qu’une bouchée.
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