Peuple de verre : quand ne pas avoir de toit devient un crime
Avec Peuple de verre, Catherine Leroux propose un roman résolument ancré dans l’actualité, qui s’attaque de front à la crise du logement et à ses répercussions sociales. Dans un futur à peine décalé du nôtre, la pénurie est telle qu’une partie importante de la population n’a tout simplement plus d’endroit où habiter. Ces personnes, appelées les « inlogés », se regroupent dans des camps improvisés qui dérangent autant le gouvernement qu’une frange plus privilégiée de la population, soucieuse de préserver une image lisse, propre et maîtrisée de la société.
L’intrigue s’amorce avec la disparition inquiétante de plusieurs inlogés. Sidonie, journaliste d’enquête au verbe acéré et au sarcasme bien affûté, décide de s’intéresser à ces disparitions que les autorités semblent vouloir passer sous silence. À travers son enquête, Leroux expose avec force la fracture entre les inlogés et ceux qui possèdent un toit, un emploi stable et une place reconnue dans l’ordre social. Cette dichotomie constitue le cœur politique du roman.
Le gouvernement, obsédé par le maintien d’une façade de contrôle, instaure des mesures qui visent davantage à faire disparaître le problème qu’à y répondre réellement. L’autrice explore ainsi la manipulation de l’image publique, la violence institutionnelle et la manière dont certains corps deviennent invisibles dès lors qu’ils nuisent au récit officiel.
La forme du roman mérite également d’être soulignée. Peuple de verre se déploie en plusieurs segments — cahiers, passages se déroulant dans HAPPI, dialogues avec Régine — qui alimentent une réflexion stimulante sur le pouvoir de l’écriture. Une question traverse le texte de part en part : que signifie le fait de créer la réalité en l’écrivant ? Ici, l’écriture devient à la fois un acte de résistance, de mémoire et de transformation du réel.
Sidonie est sans contredit l’un des points forts du roman. Son ton frondeur, son langage cru et son regard lucide en font un personnage attachant, profondément humain. Elle porte une voix qui refuse le silence et l’indifférence, faisant écho au parcours de Catherine Leroux elle-même, qui a connu la précarité. Cette expérience se ressent dans la justesse avec laquelle l’autrice aborde l’errance, la fragilité et le besoin fondamental d’un lieu où se poser en sécurité.
Cela dit, malgré toutes ces qualités, Peuple de verre ne m’a pas entièrement transportée. Le propos est pertinent, le projet est ambitieux et indéniablement louable, mais la lecture m’a laissée à distance. J’en reconnais l’importance et la force intellectuelle, sans toutefois avoir ressenti l’élan ou l’émotion qui m’aurait fait basculer du côté du coup de cœur.
Un roman nécessaire, intelligent et engagé, qui saura sans doute marquer plusieurs lecteurs — même si, pour ma part, il est resté à la porte de l’enthousiasme.

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