Rue Duplessis : un récit qui m'a fait relever un sourcil plusieurs fois
J’ai lu ce livre il y a plus d’un an, mais j’ai longtemps repoussé l’écriture de mon avis. Disons-le d’emblée : mon opinion n’est pas la plus populaire. À l’époque, je ne voyais passer que des critiques hyper élogieuses, alors que ma lecture, elle, m’a plutôt exaspéré. Oui, j’y ai vu quelqu’un pris entre deux « clans », un peu coincé entre deux chaises, sans vraiment savoir où se poser, mais…
J’ai aussi un malaise, je l’avoue, avec la notion de transfuge de classe. Le concept me dérange, même si je reconnais totalement la réalité et la souffrance de celles et ceux qui s’y reconnaissent. Et même si, selon moi, les classes sociales sont moins rigides au Québec qu’en France, ça n’enlève rien au vécu de l’auteur ni à celui des lecteurs et lectrices concerné·e·s.
Ce qui m’a le plus irritée, c’est l’impression que l’auteur se place parfois dans une posture de victime. Pourtant, des transfuges de classe, il y en a beaucoup : des personnes immigrantes, des gens de la génération X qui ont eu plus facilement accès aux études universitaires, ou toute personne ayant vécu un décalage entre son milieu d’origine et son milieu actuel. Et ce sentiment de ne pas appartenir complètement à un monde ou à l’autre n’est pas ressenti par tout le monde de la même façon.
« Je suis un gâteau Duncan Hines sur lequel on a crissé un glaçage aux truffes. » (P.10)
«Ma lente acculturation transformait mon foyer familial en une tribu étrangère, et je devenais xénophobe envers eux en quelque sorte.» (p.158)
Le faible niveau de scolarité de ses parents explique clairement une partie du fossé avec son milieu professionnel, et le sentiment de différence qui en découle, autant au travail qu’en famille. Le code switching devient alors une stratégie de survie assez courante — et, honnêtement, on est plusieurs à le faire sans même y penser. Par exemple, il y a la différence de langage qu’on peut avoir entre le travail et la maison. 😉
Cependant, je trouve essentiel de rappeler que culture et classe sociale ne sont pas intrinsèquement liées. La pauvreté n’exclut pas la culture, tout comme l’aisance matérielle ne garantit pas une richesse intellectuelle.
Parmi les forces de Rue Duplessis, on retrouve d’abord une grande lucidité dans l’analyse de la violence symbolique liée aux inégalités sociales. Même si l’auteur revient parfois sur les mêmes idées, sa réflexion met en lumière des mécanismes souvent invisibles, mais profondément marquants.
Le texte se distingue aussi par son accessibilité. L’écriture est simple, directe, et ouvre de nombreuses pistes de discussion, que ce soit sur la classe sociale, l’identité, la famille ou le sentiment d’appartenance.
Enfin, Jean-Philippe Pleau apporte une touche résolument québécoise au concept de transfuge de classe. Cette approche permet à un large public de s’y reconnaître, y compris des lecteur·rice·s qui ne proviennent pas d’un milieu pauvre. Le livre dépasse ainsi le cadre strict de la pauvreté pour toucher à des expériences plus universelles de décalage et de recherche de place.
J'ai aussi lu ce livre sans l'avoir chroniqué cependant. J'ai ressenti un malaise très tôt dans ma lecture, malaise qui s'est poursuivi jusqu'à la dernière ligne. Semblable à toi l'état de victimisation de l'auteur m'a tapé sur les nerfs plus d'une fois. Je ne le recommanderai pas tout comme je ne le chroniquerai pas. Chacun ses goûts il est vrai, mais ce livre n'est pas des miens. ;-) Ah oui; j'aime beaucoup tes mots qui rejoignent une partie de mon ressenti face à cette lecture. Je te cite : « La pauvreté n’exclut pas la culture, tout comme l’aisance matérielle ne garantit pas une richesse intellectuelle. » À bientôt.
RépondreEffacerExactement, tous les goûts sont dans la nature! Et on ne perçoit pas tous les textes de la même façon. C'est pourquoi j'ai décidé de finalement publier cette chronique. Pour normaliser les avis qui diffèrent de l'opinion générale, tout en restant (je l'espère) dans le respect. Oui, j'ai réagi fortement à certains passages et je le mentionne, mais j'ai essayé de le faire avec le plus de respect possible.
EffacerTa chronique est très bien et aucunement irrespectueuse t'inquiète pas!!
RépondreEffacerMerci!
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