Les Routes oubliées : quand tout dérape


Résumé éditeur


Beauregard Montage a décidé de se ranger. Père de famille et mari aimant, il veut mettre derrière lui ses années de prison, son passé de chauffeur pour les petites frappes locales, et offrir aux siens la stabilité qu'il n'a jamais connue. Mais à Red Hill, petite ville rurale du sud-est de la Virginie aux tensions communautaires exacerbées, la vie d'un Afro-Américain ressemble encore souvent à un couteau planté sous la gorge. Et quand la pression financière se fait trop forte, Beau sait qu'il n'a plus le choix: il doit reprendre du service. Le coup semble gagné d'avance : un braquage dans une petite bijouterie, une fuite sur les chapeaux de roue, une piste intraçable. Sauf que le casse tourne mal. Et que la bijouterie en question appartient à un caïd du coin, prêt à tout pour se venger. Pour Beau, le compte à rebours est lancé. 


Mon avis: 


Les routes oubliées est le deuxième roman de S. A. Cosby, et le premier à avoir été traduit en français. Ironiquement, ce n’est pas par celui-là que j’ai commencé : j’ai lu ses romans plus récents avant d’y revenir. Et forcément, ça colore l’expérience. Avec le temps, l’écriture de Cosby s’est affinée, solidifiée, et ici, on sent encore certaines failles. Ce n’est pas son roman le plus abouti, mais il contient déjà plusieurs éléments qui feront sa force par la suite.

 

On y suit Beauregard, surnommé Bug, un ancien criminel qui tente de mener une vie rangée pour le bien de sa famille. Évidemment, les problèmes financiers s’accumulent, les options se raréfient, et la tentation de replonger devient de plus en plus forte. On voit venir la catastrophe de loin. Astie qu’on le sait que ça va mal finir. Mais Cosby réussit quand même à rendre ce glissement crédible : quand tout va mal en même temps, on s’accroche à la moindre possibilité de s’en sortir, même quand la logique et la raison devraient l’emporter.

 

Le roman joue avec des éléments parfois prévisibles, et certaines situations demandent un petit effort de suspension de l’incrédulité. Malgré ça, la lecture demeure captivante. Le suspense est bien mené, et Cosby s’intéresse surtout à ce qui se passe à l’intérieur de ses personnages : peut-on vraiment mettre de côté une part de soi façonnée par la criminalité? Peut-on se débarrasser du besoin d’adrénaline, du goût du risque? Et jusqu’où est-on prêt à aller pour protéger sa famille?

 

Même en traduction — qui gomme malheureusement une partie de la saveur, notamment dans les dialogues — on sent très bien le style de Cosby. Son écriture est nerveuse, ancrée, efficace, avec un vrai sens du rythme. Il installe une tension presque physique, qui tient le lecteur jusqu’au bout. Le roman est aussi profondément enraciné dans la culture noire américaine et dans le Sud des États-Unis, un ancrage qui donne au récit sa densité et sa portée sociale.


Quand on compare Les routes oubliées aux romans suivants de S. A. Cosby, on voit clairement son évolution. Les thèmes sont déjà là — la violence, la famille, le poids des choix, le Sud et la culture noire américaine — mais le propos reste plus centré sur l’action. Avec Le sang des innocents et Le roi des cendres, Cosby gagne en ampleur : intrigues plus complexes, personnages plus fouillés, enjeux sociaux et moraux mieux intégrés au récit.

 

Le présent bouquin apparaît donc, avec le recul, comme un roman de transition : solide, efficace, déjà très prenant, mais moins abouti sur le plan de la complexité psychologique et thématique. Une lecture qui permet de voir d’où vient Cosby — et surtout, à quel point il est devenu un auteur majeur du roman noir contemporain.

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