Mon nom dans le noir,

 Je m’attendais à un roman d’anticipation plus frontal, presque dystopique. Réchauffement climatique, pannes massives d’électricité, montée du suprémacisme blanc, les États-Unis qui implosent. Tout est là. Mais en réalité, ce décor reste en arrière-plan. Mon nom dans le noir est surtout un huis clos.

 

Ça se passe à Monticello, et ce n’est pas un lieu anodin. Il s’agit de l’ancienne plantation de Thomas Jefferson — celui qui écrivait sur la liberté tout en possédant des centaines d’esclaves et en imaginant Noirs et Blancs séparés. Installer une jeune femme noire, Da’Naisha Love, dans ce lieu chargé d’histoire, c’est fort. C’est ironique. C’est politique. Et il y a une autre dimension liée au lieu que je te laisse découvrir.

 

Da’Naisha arrive là avec MaViolet, sa grand-mère, Knox, Devin et quelques voisins. Ils tentent de rebâtir une micro-société improvisée, fragile, presque utopique. Le roman est court, à peine deux cents pages, et il se concentre moins sur l’effondrement du monde que sur les dynamiques entre ces survivants. Les tensions raciales, la condition sociale, la mémoire et la résistance traversent chaque interaction.

 

Jocelyn Nicole Johnson écrit avec une grande sobriété. Son style est épuré, presque retenu. Les dialogues sont précis, les silences lourds. Elle capte les petits gestes, les soubresauts humains, les élans de tendresse inattendus. Il n’y a pas beaucoup d’action, peu de scènes spectaculaires. Tout se joue dans les regards, dans ce qui se transmet — ou pas — entre MaViolet et Da’Naisha, dans ce nom chargé d’histoire qu’on porte comme un poids.

 

J’aurais aimé davantage de développement sur le monde extérieur. Par moments, j’ai eu l’impression qu’on effleurait le chaos sans vraiment y plonger. Mais peut-être que ce choix est volontaire : ce qui compte, ce n’est pas l’apocalypse, c’est ce qu’on fait des ruines. Comment on habite un lieu bâti sur l’oppression. Comment on tente, malgré tout, d’inventer autre chose.

 

Ce roman te laisse une étincelle d’espoir : même quand tout s’écroule, il reste une possibilité, et le passé, aussi lourd soit-il, peut devenir une force de résistance.

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