
ENGLISH VERSION BELOW! Résumé de l'éditeur
Greta, 45 ans, vit à Hudson, dans l'état de New York, avec son amie Sabine. Employée par un coach en sexothérapie, elle transcrit pour lui des enregistrements de ses séances. Elle tombe sous le charme d'une de ses clientes régulières, dont elle ne connaît que la voix et qu'elle surnomme Big Swiss. Un jour, elle reconnaît sa voix en promenant son chien au parc et se présente sous un faux nom.
Mon avis
Quel roman étrange!
En tant qu’ancienne sexolgue, la C4 a tout de suite piqué ma curiosité. Je ne savais pas trop dans quoi je m’embarquais en ouvrant Big Swiss de Jen Beagin. Et honnêtement, je ne suis toujours pas certaine de pouvoir dire si j’ai « aimé » ce roman au sens confortable du terme. Mais une chose est sûre : il m’a tenue exactement là où il voulait — dans une zone d’inconfort étrange, déstabilisante, mais franchement fascinante.
Big Swiss, c’est le genre de roman qui s’écarte volontairement des sentiers battus pour aller explorer les zones troubles de l’intimité, du désir, du trauma, et de nos relations quand elles deviennent tout sauf simples. On suit Greta, une femme dans la quarantaine qui se retrouve à transcrire les séances d’un sexothérapeute. À force d’écouter les confidences des autres, elle développe une fascination obsessionnelle pour une voix en particulier — celle qu’elle surnomme Big Swiss. Et quand cette voix finit par prendre corps dans le réel, le roman glisse vers quelque chose de plus instable, de plus dérangeant.
Ce qui m’a particulièrement plu, c’est la manière dont Beagin aborde ces matières lourdes sans les adoucir ni les rendre acceptables. Sa plume est sèche, drôle, parfois presque absurde, mais toujours branchée sur une vérité humaine brute. On rit, on se crispe, on est mal à l’aise — souvent dans la même page — et ce malaise n’est jamais gratuit.
Les relations dans Big Swiss - Suissex- sont tout sauf rassurantes. Jeux de pouvoir, manipulation, désir mal calibré, silences épais : tout est un peu croche, volontairement bancal. Greta, surtout, m’a marquée par son ambiguïté. Elle commence comme observatrice, presque voyeuriste, avant d’être forcée de regarder en face ses propres mensonges, ses angles morts, et ce qu’elle préférerait laisser hors champ.
C’est aussi un roman qui ne cherche clairement pas à plaire à tout le monde. Certaines scènes sont frontales, sans détour. L’humour est noir, décalé, parfois inconfortable. Si tu cherches une narratrice aimable ou un récit bien rangé, tu risques de rester sur le seuil.
Mais si tu acceptes de rester dans cette zone floue — celle où tu ne sais pas trop si tu aimes ou si ça te dérange — alors Big Swiss (Suissex en français) devient profondément intéressant. Parce que c’est souvent là, dans cet inconfort précis, que la littérature nous en apprend le plus sur le monde… et sur nous-mêmes.
English Version :

What a strange novel.
As a former sexologist, the blurb immediately caught my attention. I wasn’t quite sure what I was getting into when I opened Big Swiss by Jen Beagin. And honestly, I’m still not entirely sure I can say I “liked” this novel in the comfortable, reassuring sense of the word. But one thing is certain: it held me exactly where it wanted me—inside a space of discomfort that was unsettling, disorienting, and genuinely fascinating.
Big Swiss is the kind of novel that deliberately steps off the beaten path to explore the murkier territories of intimacy, desire, trauma, and relationships when they become anything but simple. We follow Greta, a woman in her forties who finds herself transcribing sessions for a sex therapist. As she listens to other people’s confessions, she develops an obsessive fascination with one particular voice—the woman she nicknames Big Swiss. When that voice eventually takes physical form in the real world, the novel slips into something more unstable, more unsettling.
What I found especially compelling is the way Beagin handles heavy material without softening it or making it palatable. Her prose is dry, sharp, sometimes almost absurd, yet always attuned to a raw human truth. You laugh, you tense up, you feel uneasy—often within the same page—and that discomfort is never gratuitous.
The relationships in Big Swiss (published in French as Suissexe) are anything but reassuring. Power plays, manipulation, misaligned desire, thick silences—everything feels slightly off-kilter, deliberately unsteady. Greta, in particular, struck me with her ambiguity. She begins as an observer, almost voyeuristic, before being forced to confront her own lies, blind spots, and everything she would rather keep out of frame.
This is also a novel that clearly has no interest in pleasing everyone. Some scenes are blunt, unfiltered. The humor is dark, offbeat, and at times deeply uncomfortable. If you’re looking for a likeable narrator or a neatly ordered story, you may find yourself left standing at the threshold.
But if you’re willing to stay in that blurry space—the one where you’re not quite sure whether you like what you’re reading or whether it’s unsettling you—Big Swiss becomes deeply compelling. Because it’s often in that precise discomfort that literature has the most to teach us about the world… and about ourselves.
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