Les maîtres du sol : audacieux, foisonnant, impressionnant!
Résumé de l'éditeur :
« Une chasse à l’homme fait rage dans Aldea, un village de pêcheurs sur la côte de l’actuel Ghana. On traque l’ivrogne qui a assassiné, en pleine rue, un oburoni – l’un de ces guerriers marchands arrivés de leur lointain Portugal il y a bien des années. Depuis leur forteresse sur la falaise, ils s’immiscent toujours plus dans les affaires du royaume. L’omanhene ne gouverne plus tout à fait seul. Les anciens s’en inquiètent, mais nul ne semble pleinement conscient des forces nouvelles qui régissent le coeur et le destin des hommes. Quand la terre cesse d’être un héritage pour devenir une marchandise, l’équilibre du monde vacille.
Depuis la côte d’Elmina jusqu’aux bibliothèques de l’antique Tombouctou, Les maîtres du sol déploient en une fresque saisissante les ravages des premiers contacts entre l’Afrique et l’Europe, au XVe siècle. Le second roman de Ryad Assani-Razaki est aussi une méditation spirituelle et politique sur la souveraineté des peuples, et le moyen de la reprendre. »
Ce que j'en dis :
Lire Les maîtres du sol de Ryad Assani-Razaki, pour moi, c’est pas juste entrer dans un roman historique. C’est assister à un geste d’écriture profondément politique. Un geste qui refuse de passer par le regard blanc pour raconter l’Afrique.
Pis ça, ça change tout.
Parce que trop souvent, l’histoire du continent nous arrive filtrée, déformée, racontée à travers une lentille occidentale qui décide ce qui mérite d’être vu, compris, retenu. Ici, Assani-Razaki fait exactement l’inverse. Il recentre. Il redonne une voix, une complexité, une épaisseur aux sociétés ouest-africaines — avant, pendant, et indépendamment de l’arrivée des Européens.
Ce qui frappe, c’est à quel point son écriture est habitée par cette volonté-là. Rien n’est simplifié pour nous rendre la lecture “facile”. Les structures sociales, les croyances, les tensions politiques, les dynamiques religieuses — tout est là, dans toute sa densité. Ça demande un effort, oui. Ça m’a demandé un effort. Mais en même temps, pourquoi faudrait-il que ce soit simplifié pour être digeste pour un regard extérieur?
L’auteur n’écrit pas pour traduire l’Afrique. Il écrit à partir d’elle.
Et ça paraît aussi dans la manière dont il aborde la question de la domination. Le roman montre clairement l’arrivée des Portugais, leur emprise progressive, leur violence. Mais il ne tombe jamais dans une lecture simpliste où tout commencerait avec eux. Il met en lumière des tensions déjà présentes : des luttes de pouvoir, des formes d’asservissement, des tentatives d’expansion religieuse et politique. L’histoire ne commence pas avec les Blancs. Elle ne leur appartient pas.
Pis ça, c’est fondamental.
Parce que ça redonne aux peuples africains leur capacité d’agir, de décider, de se définir eux-mêmes — dans toute leur complexité, leurs contradictions aussi. On n’est pas dans une vision figée ou idéalisée. On est dans quelque chose de vivant, de mouvant, de profondément humain.
J’ai trouvé ça exigeant, parfois même lourd dans sa densité. Les noms, les rôles, les repères culturels, ça m’a déstabilisée plus d’une fois. Mais en même temps, cette déstabilisation-là, elle fait partie de l’expérience. Elle me force à sortir de mes réflexes de lecture occidentaux, à accepter de ne pas tout maîtriser, de ne pas tout saisir immédiatement.
Et honnêtement? Ça fait du bien que ça me remue de même.
Parce que derrière tout ça, il y a un travail colossal. Une érudition évidente. Mais surtout, une intention claire : écrire une histoire qui ne demande pas la permission d’exister.
Pis venant de Ryad — qui m’a donné un de mes plus grands coups de cœur avec La main d’Iman — ça me confirme encore une fois à quel point c’est un auteur qui compte. Un auteur qui prend de la place, sans s’excuser.
Merci à VLB Éditeur pour cette lecture!
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