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Affichage des messages du janvier, 2026

Les Incels : du clic à l'attentat

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Lire   Les incels   d’Annvor Seim Vestrheim, ce n’est ni entrer dans une galerie de monstres ni tomber dans une lecture psychologisante simpliste. Et c’est précisément ce refus-là qui fait la force de l’essai. D’emblée, l’autrice adopte une posture claire et solide : elle analyse le discours   incel  comme un   fait social et politique , avec une grande rigueur. L’écriture est sobre, précise, sans sensationnalisme. Rien n’est appuyé inutilement, tout est nommé avec justesse. On sent un travail minutieux sur les sources, les mots, les logiques internes du mouvement.   L’essai est dense, très documenté, mais remarquablement structuré. Vestrheim parvient à rendre lisible un univers idéologique complexe sans jamais le simplifier à outrance. Sa capacité à cartographier les récits, les concepts et les glissements discursifs est l’un des grands points forts du livre.   Ce qui frappe aussi, c’est la clarté de l’analyse de la masculinité : les mécanismes de dom...

Les prénoms : Trois vies. Un seul choix. Et tout ce qui se joue autour.

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Résumé de l'éditeur :  « Et si le choix de votre prénom déterminait le cours de votre vie ? En 1987, au lendemain d’une grande tempête, Cora se met en route avec sa fille de neuf ans pour déclarer la naissance de son nouveau-né. Son mari, Gordon, médecin respecté, mais tyrannique et oppressant dans l’intimité du foyer, souhaite qu’elle perpétue la tradition familiale et que l’enfant porte son prénom. Pourtant, au moment crucial d’acter cette décision, Cora hésite.  S’ouvre alors un récit en trois variations, trois trajectoires possibles, durant trente-cinq années. C’est l’histoire de Gordon, Bear et Julian, de trois versions d’une vie et des possibilités infinies qu’une simple décision peut déclencher. C’est l’histoire d’une famille et de l’amour qui perdure, quoi que le destin réserve. » Mon avis : Quand j’ai commencé   Les prénoms   de Florence Knapp, j’ai été happée par la prémisse. L’idée qu’un simple prénom puisse infléchir toute une vie est le genre de concept ...

Le châtiment d’une histoire jamais réparée

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Résumé de l'éditeur :  «  Une série de meurtres brutaux secoue la petite ville de Money, Mississippi : des hommes blancs sont retrouvés atrocement mutilés. Mais ces meurtres recèlent un mystère, car sur chaque scène de crime on retrouve un second cadavre qui ressemble comme deux gouttes d’eau à Emmett Till, un garçon noir lynché dans la même ville en 1955. Lorsqu’un duo d’enquêteurs tout en second degré est dépêché sur les lieux, il se heurte à la résistance attendue du shérif, de ses adjoints, du légiste et d’une cohorte de Blancs tous plus racistes les uns que les autres. Les deux agents spéciaux pensent avoir affaire à des crimes punitifs… Dans cette comédie noire audacieuse et provocatrice, Everett a le racisme et les violences policières dans le collimateur et déploie son intrigue à un rythme effréné, ne laissant aucune chance au lecteur de détourner le regard. » Mon avis :  Dès les premières pages de  Châtiment , j’ai été happée (comment ne pas l’être ?). L’int...

Les éléments : Quatre éléments. Une même violence

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Avec   Les Éléments , John Boyne signe un roman aussi ambitieux que dérangeant. Quatre récits, quatre éléments, quatre personnages principaux, reliés par des croisements parfois discrets, parfois vertigineux. Ils se sont rencontrés, frôlés, influencés sans toujours le savoir. Rien n’est laissé au hasard : les histoires se répondent et composent un ensemble cohérent et profondément troublant.   Le fil conducteur du roman est clair et frontal :   les violences sexuelles et leurs   séquelles , notamment lorsqu’elles touchent des mineurs. Boyne explore la   culture du viol , la culpabilité, la honte, le déni, la quête de rédemption — ou son impossibilité. C’est une lecture qui peut être lourde, éprouvante émotionnellement, mais elle est aussi   puissante et immersive , portée par une écriture   sobre, sensitive , jamais sensationnaliste.   Les personnages sont l’un des grands points forts du livre. Tous sont complexes, contradictoires, profondément hu...

Rue Duplessis : un récit qui m'a fait relever un sourcil plusieurs fois

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J’ai lu ce livre il y a plus d’un an, mais j’ai longtemps repoussé l’écriture de mon avis. Disons-le d’emblée : mon opinion n’est pas la plus populaire. À l’époque, je ne voyais passer que des critiques hyper élogieuses, alors que ma lecture, elle, m’a plutôt exaspéré. Oui, j’y ai vu quelqu’un pris entre deux « clans », un peu coincé entre deux chaises, sans vraiment savoir où se poser, mais…   J’ai aussi un malaise, je l’avoue, avec la notion de transfuge de classe. Le concept me dérange, même si je reconnais totalement la réalité et la souffrance de celles et ceux qui s’y reconnaissent. Et même si, selon moi, les classes sociales sont moins rigides au Québec qu’en France, ça n’enlève rien au vécu de l’auteur ni à celui des lecteurs et lectrices concerné·e·s.   Ce qui m’a le plus irritée, c’est l’impression que l’auteur se place parfois dans une posture de victime. Pourtant, des transfuges de classe, il y en a beaucoup : des personnes immigrantes, des...

Ma Bête .

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Ce n’est pas une lecture facile, mais c’est une lecture sincère, qui met des mots sur l’épuisement, le déni et l’amour mis à l’épreuve.   Ma bête  est un roman d’autofiction qui plonge le lecteur dans l’univers poignant de l’accompagnement d’un être cher aux prises avec des maladies dégénératives. L’œuvre expose avec une intensité brute la détresse émotionnelle liée à la proche aidance.   À travers ses personnages, Michèle Ouimet aborde des thématiques lourdes : la maladie de Parkinson, l’aphasie, la démence, l’anxiété, la dépression et même des idées homicidaires. Le conjoint de la narratrice évolue dans une spirale descendante, et l’autrice décrit sans fard les crises, les complications du système de santé, les rencontres avec des professionnels, ainsi que des souvenirs de moments de bonheur, fragiles mais bien présents.   Cependant, la lecture me laisse avec des impressions mitigées. Je trouve que certaines répétitions sont superflues et donnent à l’écriture ...

C'était notre maison / We Used To Live Here

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ENGLISH BELOW Eve et Charlie, sa conjointe, viennent tout juste d’acheter une vieille maison abandonnée, perdue dans un coin isolé. Un soir où Eve est seule, une famille d’inconnus cogne à la porte. Le père affirme avoir grandi là et demande à visiter. Eve,   people pleaser   par excellence, hésite… puis finit par dire oui. À cause d’une tempête, la famille s’impose pour la nuit, et des phénomènes étranges commencent rapidement à se manifester.   Dès le départ, j’ai eu de la difficulté à croire à certaines réactions. Personnellement, je n’oublierais pas qu’il y a des étrangers chez moi, et encore moins je ne les laisserais seuls!   Le comportement de la famille est franchement irritant. Leur culot est impressionnant, surtout celui de Paige, une femme moralisatrice que j’imagine crucifix et bible à la main, toujours prête à juger et à poser des questions intrusives. Heather, la voisine étrange, est intrigante au départ, mais elle, ainsi que d’autres éléments, restent...