I am not your N*gro

J’ai fini I Am Not Your Negro. Il faut un peu de contexte pour vraiment l’apprécier. Si tu ne connais pas Baldwin, le texte est fragmentaire, et même si tu connais un peu l’auteur, ça reste vrai. Raoul Peck a composé cette œuvre à partir des notes du roman inacheveé Remember This House, que Baldwin voulait écrire pour raconter les États-Unis à travers des figures marquantes que son Medgar Evers, Malcolm X et Martin Luther King Jr. Le résultat est un vrai patchwork, un collage politique et intime où la pensée de Baldwin circule librement entre mémoire personnelle, critique sociale et accusation frontale.

 

Baldwin déconstruit l’idée du « problème noir » et pointe ce qu’il nomme le « problème blanc » : la blancheur comme norme, comme innocence supposée, comme refus obstiné de se regarder en face. Être Noir.e aux États-Unis, c’est vivre sous un regard qui nie ton humanité tout en exigeant ton silence. Baldwin montre comment cette dynamique structure la société et affecte tout le monde.

 

L’écriture est lucide, implacable, jamais conciliante. Pas de mythes rassurants, pas d’illusion que les choses s’améliorent toutes seules. Le racisme y apparaît comme profondément structurel et psychologique, enraciné dans les peurs, fantasmes et mensonges que la société blanche entretient sur elle-même. La violence raciale n’est pas une anomalie : c’est une condition.

 

Le texte est également agrémenté de photos et invite à explorer les films et œuvres qu’il cite, ce qui enrichit encore l’expérience. Fragmentaire mais indispensable, I Am Not Your Negro reste un passage obligé pour quiconque cherche à comprendre la race, la violence et le silence aux États-Unis.

 
« Pendant très longtemps, l'Amérique a prospéré.
Et cette prospérité a coûté la vie à des millions de personnes.
Aujourd'hui, même ceux qui bénéficient le plus spectaculairement de cette prospérité ne sont pas capables d'en supporter les avantages :
ils ne peuvent ni les comprendre ni s'en passer.
Par-dessus tout, ils ne peuvent s'imaginer le prix payé par leurs victimes ou sujets pour rendre possible
cette façon de vivre.
De ce fait, ils ne peuvent pas se permettre de comprendre
pourquoi les victimes se révoltent.
Cette formule est celle d'une nation ou d'un royaume en déclin.
Car aucun royaume ne peut se maintenir par la force seule.
La force ne fonctionne pas comme ses partisans le croient.
Elle ne révèle pas à la victime la puissance de son adversaire.
Au contraire, elle révèle la faiblesse, voire la panique de cet adversaire, et cette révélation permet à la victime de s'armer de patience. »

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