Tant que je serai Noire
On est en 1959. Quatre ans après le meurtre d’Emmett Till. Avant les grandes victoires des Civil Rights. On est dans le « eux contre nous ». Une tension constante, lourde, qui consume tout le monde.
D’ores et déjà, je dois avouer que j’ai trouvé ça difficile de lire la haine de certains envers les Blancs. Je la comprends, totalement. Mais il n’en demeure pas moins que ça me dérange. Je sais que la colère est un puissant moteur de changement. Que certains ont besoin de la diriger vers les autres. Je comprends que les oppresseurs sont en effet les Blancs dans le cas qui nous occupe. Mais ça heurte quand même un p’tit peu mes sensibilités de privilégiée parce que justement ces gens, ces noirs dans les années 1960 ont luttés pour que je puisse vivre la vie que je vis. Et c’est un beau rappel. Même pour la Québécoise que je suis. Même si au Canada les droits des personnes noires n’étaient pas légiférées - ça ne veut pas dire que c’était socialement plus facile. Toutefois, je comprends bien que l’approche pacifique ne sied pas à tous. Bref, je suis mal placée pour juger.
Anyway, ce tome couvre surtout l,’mplication de l’icône auprès d’artistes et d’écrivains noirs à Harlem, puis son engagement politique. Elle travaille avec la Southern Christian Leadership Conference, l’organisation fondée par Martin Luther King Jr. qui œuvre pour les Droits civiques. Elle devient coordonnatrice. Elle s’implique corps et âme. Elle croise aussi James Baldwin — et on sent des échos entre leurs pensées. Cette idée que les Noirs ne peuvent pas changer leur condition tant que les Blancs refusent de changer la leur.
Son passage sur la proximité mère-fils — l’idée qu’une mère devrait faire attention à comment elle s’habille pour ne pas éveiller le désir de son fils adolescent — ça m’a fait décrocher. Vraiment. Astie que ça m’a fait réagir. J’ai dû me rappeler plusieurs fois : autre époque. Autre contexte. Je peux comprendre d’où ça vient, intellectuellement. Mais émotionnellement? Weird! WTF!
Un peu la même chose avec Malcolm X. Comme je disais plus tôt, je comprends la colère. Je peux, dans le contexte, comprendre la radicalité. Mais « tous les Blancs sont des diables »? Damn!
Un élément qui m’a frappée, c’est cette idée qu’à cette époque, comme parent noir, tu n’es jamais vraiment l’autorité ultime auprès de ton enfant. Un Blanc peut intervenir, invalider, humilier, détruire ce que tu construis — simplement parce que le système lui donne ce pouvoir-là. Quel message ça envoie à ton enfant? Quelle image ça laisse de toi, de l’adulte qu’il sera? Juste imaginer ça, ça me remue solide!
Ce que j’ai aimé découvrir, par contre, c’est sa manière de se lancer. Elle accepte des mandats pour lesquels elle n’a ni formation ni qualifications claires. Elle dit oui avant de savoir comment elle va faire. Puis elle travaille, elle apprend et elle réussit. Cette audace-là m’a parlé, même si la femme moins assurée que je suis devenue – merci réaction à aux handicaps – trouve ça un peu risqué. Ça m’a rappelé certaines versions de moi dans le passé. ;-)
C’est ça qui donne toute sa puissance au récit. On a l’impression d’entrer dans sa tête, dans sa vie, mais sans que ça devienne une leçon édulcorée. La mémoire est vivante, brute et maîtrisée à la fois. Elle te fait comprendre l’époque, les luttes, les tensions — tout en te laissant sentir la femme derrière l’histoire.
Il y a de petites longueurs, oui. Le format en plusieurs tomes fait qu’elle entre parfois dans des détails très précis. Par moments, j’avais envie de lire de la fiction, quelque chose de plus rythmé. Puis je revenais, et je me laissais reprendre par Miss Angelou.
Parce qu’elle est fascinante.
Sa lucidité n’est pas parfaite. Elle est située. Historique. Humaine.
Franchement, c’est pas juste un récit historique. C’est un vrai tour de force littéraire. La qualité de sa construction mémorielle te frappe sans que tu t’en rendes compte. Et moi, ça m’a éclairée solide.
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