Les cennes noires d'Akena Okoko

Akena Okoko, mieux connu sous le nom de KNLO, membre d’Alaclair Ensemble, signe ici un texte qui respire la poésie du quotidien.

 

Fils d’un père congolais (RDC, zaïrois), il remonte le fil de ses jobs comme on fait l’inventaire d’une vie en chantier : assistant camelot avec ses frères, entraîneur de soccer, plongeur, préposé au sandwich chez Subway, soldat de réserve dans les Forces armées, ouvrier à l’usine de Crocs, cobaye pour des études cliniques, fleuriste, caissier de dépanneur, entraîneur de basket, videur de truck au casino, déménageur, employé de construction et j’en passe.

La vie d’artiste, c’est souvent ça : être polyvalent, débrouillard, accepter que la création se faufile entre deux quarts de travail. Mais le livre ne parle pas seulement de précarité. Il parle de valeurs. De persévérance, d’efforts, d’appartenance. De ce qui compte vraiment quand le chèque est encaissé et que la fatigue reste.

 

Il y a quelque chose de profondément beau dans sa façon de raconter.
Ça chante.
Ça énumère.
Ça raconte avec fluidité.

 

L’énumération devient presque une esthétique. Un rythme. Une façon de montrer qu’une vie peut être fragmentée sans être incohérente. On se laisse bercer par cette poésie des petits riens, des gestes répétitifs, des rencontres furtives. Ces moments magiques qui, au bout du compte, valent plus qu’un salaire.

 

J’ai adoré : « Il faut des enfants pour élever un village. »
Ça dit la transmission. L’appartenance. 

 

Je me suis reconnue dans certains passages.
Parce que mon père vient du Congo (l’autre).
Parce que moi aussi j’ai eu une vie professionnelle éclatée.
Parce que j’ai étudié en théâtre au cégep avant de bifurquer.
Parce que mon nom de famille n’est pas “d’ici” et que mon prénom, bien qu’épicène, sonne encore “bizarre pour une fille” aux oreilles de ceux qui ne savent pas qu’il l’est.
Parce que mon père a aussi coaché au soccer, perçu au Québec dans les années 1980 comme un sport d’immigrants.

 

Ce livre parle d’identité sans brandir de pancarte. Ça passe par les détails : un nom, un accent, un terrain de soccer…

 

Et j’ai aussi craqué pour ce qu’il énonce sur les études : il était intéressé par tout, même le désintérêt. Ça, j’aime ça. Cette curiosité large, indisciplinée. Cette manière d’habiter le monde sans hiérarchiser les savoirs. Comme si aucun boulot, aucun détour, aucune expérience n’était trop petite pour mériter d’être regardée de près.

 

Les cennes noires, c’est surtout un livre sur la dignité des parcours éclatés.

Sur la beauté qui se cache dans les détours.
Sur la richesse d’une vie qui ne suit pas une ligne droite.

 

Chercher chaque cenne noire peut parfois nous faire trouver autre chose.
Plus grand.
Plus profond.

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