Les cennes noires d'Akena Okoko
Akena Okoko, mieux connu sous le nom de KNLO, membre d’Alaclair Ensemble, signe ici un texte qui respire la poésie du quotidien.
Fils d’un père congolais (RDC, zaïrois), il remonte le fil de ses jobs comme on fait l’inventaire d’une vie en chantier : assistant camelot avec ses frères, entraîneur de soccer, plongeur, préposé au sandwich chez Subway, soldat de réserve dans les Forces armées, ouvrier à l’usine de Crocs, cobaye pour des études cliniques, fleuriste, caissier de dépanneur, entraîneur de basket, videur de truck au casino, déménageur, employé de construction et j’en passe.
La vie d’artiste, c’est souvent ça : être polyvalent, débrouillard, accepter que la création se faufile entre deux quarts de travail. Mais le livre ne parle pas seulement de précarité. Il parle de valeurs. De persévérance, d’efforts, d’appartenance. De ce qui compte vraiment quand le chèque est encaissé et que la fatigue reste.
L’énumération devient presque une esthétique. Un rythme. Une façon de montrer qu’une vie peut être fragmentée sans être incohérente. On se laisse bercer par cette poésie des petits riens, des gestes répétitifs, des rencontres furtives. Ces moments magiques qui, au bout du compte, valent plus qu’un salaire.
Ce livre parle d’identité sans brandir de pancarte. Ça passe par les détails : un nom, un accent, un terrain de soccer…
Et j’ai aussi craqué pour ce qu’il énonce sur les études : il était intéressé par tout, même le désintérêt. Ça, j’aime ça. Cette curiosité large, indisciplinée. Cette manière d’habiter le monde sans hiérarchiser les savoirs. Comme si aucun boulot, aucun détour, aucune expérience n’était trop petite pour mériter d’être regardée de près.
Les cennes noires, c’est surtout un livre sur la dignité des parcours éclatés.

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