Mamu : recueil de textes sur l'amour

Lire Mamu, c’est entrer dans un territoire où l’amour n’est pas toujours simple.

On est loin des histoires cute pis confortables. L’amour, dans ce recueil-là, est traversé par le deuil, l’arrachement, la colère, l’héritage. Certains textes sont habités par une forme de manque. Manque d’un territoire, manque d’une langue, manque d’un lien. Mais il y a aussi de la chaleur, de la douceur et plein de nuances. 

 

Y’a des voix qui m’ont vraiment embarquée.


Joséphine Bacon, avec Le café de la 8e île, m’a happée solide. Court, mais d’une beauté tranquille. J’en aurais pris plus, facilement.

Marie-Andrée Gill, dans Partout et nulle part, livre un amour large, presque diffus, mais profondément senti. Ça, j’ai embarqué.

Pis Michel Jean… pas de surprise là. Dans La somme de leur amour, il raconte, il incarne, il fait ressentir. Ça touche direct.

Même chose pour Shayne Michael avec son texte dystopique (Tambours de l’amour). Le besoin de contact, de proximité — c’est physique. Puissant.

 

Y’a des textes qui m’ont laissée plus tiède. Pis d’autres où c’est pas tant la qualité que ce que ça soulève qui m’a dérangée. Dans Camélia de Louis-Karl Picard Sioui, toute la question de la dilution du statut... Je comprends le poids de l’Histoire avec un grand H. Vraiment. Mais reste que si ce discours-là venait d’un Blanc ou d’un autre groupe, on crierait au racisme assez vite. Pis là… ben ça dérange pareil. Faut être capable de le nommer. Le personnage, Simon, le mentionne lui-même, tout en se défendant que cela en soit. 


Ce qui revient souvent, c’est l’amour lié à l’appartenance.

Retour au territoire (Sakiiwewin de Cyndy Wylde),
amour familial (Uskanaminan de Soleil Launière),
amour qui passe par la mémoire, la langue, la transmission.

Mais aussi : assimilation, déracinement, réflexes de dénigrement intériorisés.
Quelle lucidité!

 

Et au milieu de tout ça… Y’a des éclats.

Des textes plus doux, plus simples, comme Diane Obomsawin avec sa BD J’aime.
Des fragments d’enfance chez Émilie Monnet, avec ses fraises pis ses souvenirs.
Des expérimentations plus éclatées, comme Melissa Mollen Dupuis (Ukaia), qui m’a surprise avec son détour par Anish Kapoor pis Stuart Semple — petit moment d’art geek que j’ai vraiment aimé.

 

Mamu, c’est un recueil assez égal dans sa qualité, mais surtout dans son intention.

C’est un livre où :
– l’amour est rarement doux
– les personnages portent beaucoup
– pis le passé est jamais bien loin

Il y a beaucoup de deuil. Beaucoup de monde « démoli » par quelque chose.
Mais aussi une volonté de recoller, de comprendre, de rester. Et surtout, surtout, beaucoup de lumière et de douceur. 
 

Je ne suis pas particulièrement friande de recueil de textes. Celui-ci est un de mes préférés. Sincèrement, Mamu vaut vraiment le détour.


Merci aux Éditions Stanké pour le service de presse!

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