Les vagues scélérates

 Les vagues scélérates, d’Hélène Rompré, est le genre de roman qui se lit extrêmement vite. Pas parce qu’il est superficiel, mais parce qu’il est construit en fragments : courts flashs, souvenirs, anecdotes, réflexions qui s’enchaînent presque comme une spirale mentale après une rupture. Une rupture que la narratrice n’a absolument pas vue venir, alors que son chum et elle avaient entrepris des travaux dans sa maison pour qu’il y emménage avec elle. Le titre prend ainsi tout son sens : la vague scélérate, c’est cette catastrophe soudaine qui arrive sans avertissement et qui renverse tout.

Le roman est profondément autofictionnel. On sent le besoin de saisir ce qui s’est passé, de revisiter la relation pour tenter d’y trouver les signes qu’elle n’a pas vus.

Ce qui m’a surtout intéressée, c’est la dynamique amoureuse du couple. Dès le départ, on comprend qu’elle l’aimait plus qu’il ne l’aimait. Elle veut devenir la femme qu’elle croit qu’il souhaite avoir à ses côtés. Elle cherche à lui être indispensable. Toute la relation semble construite autour de ce déséquilibre-là, de cette codépendance affective assez classique, mais bien rendue.

Et plus le récit avance, plus l’image du gars s’effrite.

J’avais un peu peur de tomber dans un revenge book très victimaire, mais au bout du compte, non. Elle le plante avec subtilité plus qu’elle ne l’attaque de manière frontale. Certains détails deviennent révélateurs : le hideux chandelier allemand en fer forgé qu’il lui offre, le t-shirt Joy Division, certaines remarques qui laissent flotter un malaise autour de ses valeurs et de sa personnalité. Elle ne cherche pas à le détruire. Elle le déconstruit plutôt tranquillement, en laissant les contradictions apparaître d’elles-mêmes.

J’ai par contre moins embarqué dans le parallèle constant entre la guerre et le couple. La citation de Christine de Suède au début — « Il faut plus de courage pour le mariage que pour la guerre » — annonce déjà cette idée-là, mais j’ai trouvé que le roman poussait parfois la comparaison beaucoup trop loin. Oui, les relations amoureuses peuvent devenir des rapports de domination ou de violence psychologique, mais ici, l’analogie finit à certains moments être exagérée.

J’ai aussi cherché longtemps le lien entre son passé, son enfance et sa relation actuelle. Elle revient souvent sur certains souvenirs, certaines blessures, mais ça ne m’a pas semblé toujours s’attacher au reste du récit.

Ceci dit, même si Les vagues scélérates ne m’a pas virée de bord, ça ne m’a jamais déplu non plus. C’est un roman léger, efficace, qui se consomme en un soupir. Et honnêtement, il est arrivé au bon moment pour moi. J’étais dans une espèce de panne de lecture, après plusieurs romans plus lourds émotionnellement, et ce livre-là m’a permis de relancer mon envie de lire.

Mention spéciale pour la page frontispice, tout simplement magnifique!

 

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