Bélhazar

En 2013, « Bélhazar », un jeune homme de 18 ans, meurt lors d’un contrôle de police. La conclusion officielle parle de suicide. Pourtant, l’enquête et l’autopsie ont été contestées, des zones d’ombre persistent, certains témoins disparaissent du récit ou connaissent des trajectoires troublantes, et surtout, la mère du jeune homme refuse catégoriquement de croire à cette version des faits. Difficile, dans ces conditions, de ne pas être interpellée. Je comprends pourquoi cette histoire a pu obséder Jérôme Chantreau, l’auteur et ancien enseignant du jeune homme, pendant toutes ces années. Dans les faits, cette mort continue de soulever de nombreuses questions. 

Ici, il revient sur cette histoire et tente de reconstituer le portrait de son ancien élève, tout en cherchant à comprendre ce que cette mort a laissé derrière elle. Il faut aussi préciser qu’il avait promis aux parents d’écrire un livre sur leur fils. Cette promesse donne au projet une dimension particulière, presque de devoir de mémoire.

Ce qui m’a attirée vers ce livre : c’est une histoire trouble : enquête et autopsie bâclés, approximations, suicides de flic et d’avocat. Un témoin disparait, un autre est interné. 
Malheureusement, ma lecture a rapidement été plus mitigée que prévu.

Quand le récit s’attarde aux personnes, à leurs souvenirs, à leurs blessures et à leurs obsessions, il m’accroche. Il y a quelque chose de sincère et de touchant dans cette manière de faire exister les fragments de vies autour de Bélhazar.

Là où j’ai commencé à décrocher, c’est lorsque le livre s’éloigne de cette matière humaine pour glisser vers une quête de sens plus philosophique. Je comprends pourquoi cette histoire a pu bouleverser l’auteur, et je comprends aussi qu’une promesse faite aux parents rende difficile toute forme de distance. Mais j’ai parfois eu l’impression que le livre cherchait davantage à interpréter qu’à observer.

Plus le récit avance, plus Bélhazar semble devenir une figure presque mythique, investie d’une aura particulière. Je comprends l’intention, et même le besoin de redonner une place à ce jeune homme. Mais à force d’insister sur cette dimension, j’ai fini par avoir l’impression que le livre me demandait d’adhérer à une lecture des faits plutôt que de me la faire découvrir.

En fait, j’ai souvent eu l’impression que le livre hésitait entre deux élans : raconter Bélhazar, ou raconter ce que Bélhazar a provoqué chez l’auteur. Personnellement, c’est la première piste qui m’intéressait le plus.

Je voulais en apprendre davantage sur ce jeune homme, sur les circonstances de sa mort et sur les zones d’ombre qui entourent encore l’affaire. Or, plus le récit avance, plus la quête de sens de l’auteur prend de la place.

J’ai parfois eu le sentiment d’un texte écrit à vif, traversé par une émotion réelle et une obsession sincère, mais qui manque de distance. Comme si l’auteur écrivait au moment où il était en train d’être traversé par cette histoire.

Certains lecteurs y verront sans doute la force du livre : son immédiateté, son implication, sa charge émotive. Pour ma part, j’aurais parfois souhaité davantage de recul. L’histoire de Bélhazar me semblait déjà suffisamment forte en elle-même, sans qu’il soit nécessaire d’en multiplier les lectures symboliques ou philosophiques.

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