C'était ça ou mourir

Avec C’était ça ou mourir, Thélyson Orélien propose un récit porté par une très belle écriture poétique. Plus qu'un texte sur la route de l'exil, c'est un livre sur ce qui reste d'une personne quand tout autour d'elle cherche à la déshumaniser. À travers la jungle du Darién, les violences, les morts et les humiliations, il met en lumière les multiples formes de déshumanisation qui jalonnent un parcours migratoire. Pourtant, l'auteur évite le sensationnalisme. Même lorsqu'il décrit l'horreur, il le fait avec retenue.

Les quelques objets que Jonas possède occupent une place importante dans le récit. Le sac Carrefour, le short, le livre, la photo, le savon : ces possessions deviennent bien plus que de simples objets. Elles représentent ce qu'il reste d'une vie laissée derrière, mais surtout de l'humain qu'il tente de préserver malgré tout.

Parmi les épreuves qui marquent son parcours se trouvent aussi l'attente, qui semble interminable, et la peur constante. La peur pour sa vie, bien sûr, mais aussi celle d'être refusé, chassé ou déporté.

J'ai trouvé le récit touchant, mais je dois avouer que je suis demeurée un peu à distance de Jonas. J'ai suivi son parcours avec intérêt et empathie, sans toutefois développer un véritable attachement envers lui. Toutefois, j'ai apprécié que l'auteur privilégie l'intériorité et l'expérience humaine plutôt que l'accumulation de périls. Cela donne un récit plus contemplatif, ce qui me semble être le ton juste pour raconter une telle histoire.

Ce qui m'a le plus marquée, c'est surtout ce que le récit révèle de la condition humaine. Ce n'est pas tant le personnage de Jonas qui me restera en tête que ce qu'il m'a permis d'observer : l'extrême vulnérabilité des personnes en exil, mais aussi la puissance des gestes les plus simples lorsqu'ils rappellent à quelqu'un qu'il existe encore aux yeux des autres.

J'ai aussi beaucoup réfléchi à la place du rire dans le récit. Jonas rit souvent, même dans les moments les plus difficiles. Cela rappelle à quel point nous interprétons parfois mal les gens. On entend souvent dire que les Haïtiens ou les Africains sourient beaucoup, comme si cela signifiait automatiquement qu'ils vont bien. Pourtant, le rire de Jonas raconte tout autre chose. Il devient parfois une façon de traverser la peur, l'attente, le stress ou la détresse. Un sourire n'est pas toujours le reflet du bonheur.

C’était ça ou mourir frappe moins par l'action que par l'humanité — ou son absence — qu'il met en lumière. C'est une lecture importante, qui donne un visage, une voix et une histoire à celles et ceux qu'on résume trop facilement à des statistiques, et qui nous rappelle tout ce qui se cache derrière le mot « réfugié ».

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