«Laissez le feu brûler»
MOVE était un mouvement afro-américain environnementaliste, antispécistes, anti-capitaliste, anti-système et tourné vers un idéal de vie « naturelle ». Un groupe controversé, c’est le moins qu’on puisse dire. Les voisins dénonçaient le bruit, le langage châtié, la saleté, les affrontements et les tensions constantes. Les auteurs prennent bien le temps de nous signifier que la communauté noire de Philadelphie ne les appuyait pas.
Qu’on soit d’accord ou non avec leurs idées, une chose demeure : la réponse policière a été complètement disproportionnée. Le 13 mai 1985, après un siège qui s’éternise, la police largue un explosif sur le toit de leur maison. Le feu qui s’ensuit est laissé brûler. Résultat : 11 morts, dont cinq enfants, 61 maisons détruites et plus de 250 personnes déplacées.
Là où le livre est le plus fort, c’est dans son analyse du contexte politique, social et racial entourant l’affaire. Les auteurs montrent bien comment les enquêtes, la gestion des preuves et même le traitement des victimes ont été marqués par une succession de négligences et de dysfonctionnements troublants. On en ressort avec l’impression qu’au mieux, les autorités ont fait preuve d’une indifférence choquante; au pire, qu’elles ont cherché à minimiser leur responsabilité. Les révélations entourant l’utilisation de restes de certaines victimes à des fins d’enseignement universitaire, des décennies plus tard et sans consultation des familles, sont d’ailleurs dérangeantes.
Mon principal bémol concerne la structure. Les auteurs ratissent extrêmement large. On multiplie les témoignages, les détours historiques, les points de vue de voisins et les analyses périphériques. C’est intéressant, mais pas toujours nécessaire. À plusieurs reprises, j’ai eu l’impression qu’on faisait du surplace. Une fois qu’on a compris que le mouvement dérangeait profondément son entourage, avait-on vraiment besoin d’y revenir sous autant d’angles?
J’ai aussi trouvé la place accordée à Frank Rizzo un peu confusant. Le début du livre insiste beaucoup sur son héritage politique et policier, mais au moment du bombardement, c’est pourtant Wilson Goode, le premier maire noir de Philadelphie, qui est en poste. Cette transition m’a semblé moins claire que ce qu’elle aurait pu être.
Au final, j’ai appris énormément de choses sur un épisode méconnu de l’histoire américaine. C’est une lecture instructive et souvent révoltante. J’aurais simplement aimé un récit un peu plus resserré. Parce que le cœur de cette histoire est déjà suffisamment sidérant pour qu’on n’ait pas besoin d’en rajouter.
Commentaires
Publier un commentaire