On ne mange pas les cannibales : accroche-toi à tout ce que tu peux!

Je l'ai dit en story la semaine passée : ce livre, c'est une succession de bombes qui explosent en plein visage. Dès les premières pages.

J'ai hésité à vous faire une liste de trigger warnings. Il y en aurait tellement. Mais ce serait aussi vous voler une partie de l'expérience. Parce que On ne mange pas les cannibales est un roman qui se découvre presque à l'aveugle. C'est comme ça que je l'ai lu : une recommandation Instagram, quelques mots, une commande, puis j'ai volontairement évité de lire la quatrième de couverture jusqu'au bout. Ça m'arrive souvent d'ailleurs

Ça faisait longtemps qu'un roman ne m'avait pas happée à ce point. Je n'ai presque pas pris de notes. Je n'ai pas ouvert Instagram entre deux chapitres. Je n'ai même pas répondu à mes messages. Je lisais avec une seule question en tête : où est-ce que cette histoire va m'emmener?

Et quelle maîtrise.

C'est un thriller psychologique extrêmement solide. Tout est serré, chaque scène compte. Il n'y a pas de faux mystères, pas de gros fils blancs, pas de longueurs. C'est précis. C'est maîtrisé. C'est ficelé avec une redoutable efficacité.

Mais au-delà du suspense, Stéphanie Artarit pose une question qui continue de me trotter dans la tête : qui est réellement le plus sauvage? L'animal ou l'humain?

Les animaux sont enfermés derrière les barreaux des zoos. Les humains, eux, peuvent devenir des prédateurs autrement plus terrifiants.

Les personnages sont remarquablement construits. Certains inspirent une immense tendresse. D'autres sont profondément répugnants. Pas simplement méchants : toxiques jusqu'à la moelle, comme des plaies infectées qu'on n'arrive plus à refermer. Et pourtant, ils demeurent humains. C'est probablement ce qui les rend encore plus dérangeants.

J'ai toujours eu un faible pour les personnages brisés. Ceux qui portent leurs blessures comme des cicatrices ouvertes. Ici, certains sont tellement fracassés qu'ils finissent par fracasser les autres à leur tour.

L'écriture est d'une brutalité assumée. Les images frappent fort.

« Les jumeaux jonchaient encore le sol comme du linge sale. »

Impossible de rester indifférent devant des phrases comme celle-là.

J'ai aussi beaucoup aimé le travail autour des odeurs. Elles deviennent presque un langage à part entière, une façon de comprendre les personnages autrement que par leurs paroles.
Le roman réfléchit également à ce qui fait réellement notre humanité. Est-ce la parole? La pensée? La conscience? Sans jamais tomber dans le discours philosophique, il ouvre des pistes de réflexion qui ne te lâche pas.

Je n'ai qu'un seul minuscule bémol. À un moment, un personnage évolue intellectuellement d'une façon qui m'a semblé un peu rapide, particulièrement sur le plan de certaines prises de conscience psychologiques. Et, on fait référence à la prononciation du mot States par un «américain de souche» comme étant «stÈtes», alors que ce n’est pas ça du tout mais «StÉtes». Un Français prononce Stètes, pas un États-unien. Ça m'a fait l'effet d'un disque qu’on raye. Trois secondes de sortie de route... avant que le roman ne reprenne immédiatement son emprise.

Parce que, malgré ces détails, On ne mange pas les cannibales est un livre d'une puissance rare.

C'est cru. Sale. Glauque. Bestial.

C'est aussi un thriller intelligent, qui ne se contente pas de choquer : il questionne notre rapport à la violence, à l'empathie et à ce qui nous distingue — ou non — des animaux.

Grandiose. Magistral. Terrible.

Et le thriller le plus marquant que j'ai lu cette année.

Merci aux éditions Pocket et à Interforum Canada pour le service de presse!

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