Les éclats

J'avais beaucoup d'attentes envers Les éclats, mon premier Bret Easton Ellis. Avec la réputation de l'auteur et tout ce que j'avais entendu sur ses romans, je m'attendais à être renversée. Et puis? J'ai trouvé ça bon. Bien construit. Mais rien de transcendant. J’ai lu ce « livre événement » dès sa sortie en 2023.

 

Le récit suit un Bret Easton Ellis fictif lors de sa dernière année de secondaire (lycée), dans un Los Angeles où la menace d'un tueur en série se mêle aux angoisses de l'adolescence. C'est à la fois un roman d'apprentissage, une réflexion sur l'identité, le désir, l'orientation sexuelle et la manière dont la peur peut déformer notre perception du réel. Pendant une bonne partie du livre, on se demande d'ailleurs si la paranoïa du narrateur est fondée… ou si elle ne lui appartient qu'à lui.

 

Les personnages ne m'ont jamais vraiment touchée. Ils sont souvent superficiels, égocentriques, vains. Pourtant, je les ai suivis jusqu'au bout. Ellis réussit à créer une tension qui donne envie de continuer.

 

Ce qui m'a davantage agacée, c'est tout ce qui alourdit le récit. Les références musicales s'accumulent au point où j'ai parfois eu l'impression qu'elles prenaient le dessus sur l'histoire. Même chose pour le name dropping et le brand dropping: les marques, les noms, les lieux, tout contribue à rappeler constamment le privilège social de ces adolescents. Je comprends l'intention, mais elle devient ennuyante.

 

Et que dire des trajets? Rue après rue, virage après virage… J'ai trouvé ces descriptions interminables. Ajoutez à cela les nombreux allers-retours dans le temps à l'intérieur d'un même chapitre, qui entraînent leur lot de répétitions — parfois efficaces pour créer une obsession, parfois simplement là pour nous empêcher de perdre le fil — et le rythme finit par s'essouffler.

 

J'ai vu passer plusieurs critiques reprochant au roman de ne parler que d'une bande de jeunes immensément privilégiés. C'est vrai. Ce sont des adolescents riches, gâtés, souvent laissés à eux-mêmes par des parents absents — le narrateur passe d'ailleurs une bonne partie du roman seul pendant que les siens voyagent. Mais je ne crois pas que leur privilège invalide leur souffrance. Toutes les réalités n'ont pas à être représentatives de la majorité pour mériter d'être racontées. Ces jeunes vivent dans un monde de luxe, mais ils restent des adolescents qui cherchent leur place, qui souffrent, qui se trompent et qui se construisent. Leur douleur n'est pas moins réelle parce que leurs parents ont de l'argent.

 

J'ai aussi découvert une écriture très particulière. On reconnaît rapidement qu'Ellis possède une voix qui lui est propre. Son style est hypnotique par moments, excessif à d'autres, mais il ne ressemble à celui de personne d'autre. Même lorsque certains choix m'ont fait lever les yeux au ciel, je ne peux pas lui enlever cette singularité.

 

Bref, je ressors de cette lecture satisfaite… mais un peu sur ma faim. Peut-être que c’est à cause des attentes que je m’étais faites. J'espérais une lecture qui me marquerait. J'ai plutôt eu un bon roman, avec ses qualités, ses longueurs et ses obsessions. Il me reste maintenant American Psycho, qui m'attend dans ma bibliothèque. Je suis curieuse de voir si c'est celui-là qui me permettra de comprendre pourquoi Bret Easton Ellis est devenu un auteur culte.

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