Baignade surveillée

Un peu hypnotique, cette lecture.

Le 16 juillet 1969, pendant que le monde entier a les yeux tournés vers la Lune et le décollage d’Apollo 11, à Mission Hills, un petit garçon de cinq ans se noie dans la nouvelle piscine du quartier. Une piscine bondée. En pleine canicule. Surveillée par une jeune maître-nageuse.

La noyade arrive dès le début. Alors, ici, le suspense n’est pas vraiment de savoir ce qui s’est passé, mais plutôt de comprendre comment on en est arrivé là. Et surtout, ce que les gens vont faire de cet événement.

Kasischke nous raconte la journée par petites parcelles. On avance, puis on revient légèrement en arrière, mais d’une autre perspective. Un détail qu’on n’avait pas vu apparaît, une perception change, une nouvelle version de l’histoire se dessine. Comme un ressac. Chaque point de vue vient compléter le tableau et nous rappelle qu’on ne peut jamais tenir pour acquis que ce qu’on sait d’un événement correspond à « la vérité ».

Même certaines phrases reviennent. Et, étonnamment, ça ne m’a pas dérangée. Les répétitions sont constructives : elles changent l’image qu’on avait de la scène.

Il y a aussi tout ce qui se joue autour de la maître-nageuse. Ceux qui lui pardonnent de ne pas avoir vu l’enfant. Ceux qui ne lui pardonnent pas. Les rumeurs, les jugements, les perceptions. La culpabilité et la responsabilité. Et les conséquences d’un drame qui ne s’arrêtent pas au moment où il se produit.

J’ai beaucoup aimé cette idée des répercussions, comme les cercles concentriques qui se forment lorsqu’on lance une pierre dans l’eau. Une mort secoue une famille, mais aussi tout un voisinage. Et pendant que certains regardent vers le ciel en attendant le progrès de l’humanité, d’autres sont confrontés à quelque chose de beaucoup plus immédiat : la perte d’un enfant.
C’est un roman atmosphérique, chargé par la chaleur, l’excitation du moment et, ensuite, la dévastation. La tension vient moins de la question « que va-t-il arriver? » que de « comment chacun va-t-il vivre avec ce qui est arrivé? »

Les chapitres courts donnent aussi un bon rythme au récit et contribuent à cette impression de fragments qui s’assemblent peu à peu. Ça se lit vite, malgré la construction en apparence répétitive.

J’ai toutefois moins ressenti le poids et la force d’Esprit d’hiver. Ici, puisque la noyade est connue dès le départ, le « comment » a forcément moins de punch que le dévoilement d’un mystère. Ce qui m’a davantage intéressée, c’est tout ce que Kasischke construit autour de cet événement : les versions qui se superposent, les jugements, les conséquences et cette question de la vérité qu’on croit connaître alors qu’elle dépend souvent de l’endroit d’où on regarde.

Une lecture que j’ai bien aimée, même si je lui ai préféré Esprit d’hiver.

Commentaires

Messages les plus consultés de ce blogue

Les maîtres du sol : audacieux, foisonnant, impressionnant!

Peuple de verre : quand ne pas avoir de toit devient un crime

Les Routes oubliées : quand tout dérape