Avant la peine
4e de couverture:
Rebecca et Baptiste sont médecins dans un hôpital réputé de la banlieue parisienne. Ils forment un duo d'excellence depuis l'internat, et leur amitié s'écrit au travail comme en dehors. Jusqu'à ce soir où, dans l'intimité de la salle de garde, après avoir sauvé in extremis la vie d'un patient, quelque chose se passe. Quelque chose que Rebecca va nommer « viol» et Baptiste « relation consentie». Rebecca porte plainte, Baptiste dément.
Ce sera parole contre parole, la leur et celles de leurs avocats. Mais aussi, autour d'eux, celles de tous ceux que l'affaire éclabousse: leurs familles, leurs amis et le personnel hospitalier.
Dans ce roman, Laure Heinich met en scène le doute de façon vertigineuse et, ce faisant, réussit à faire vivre au lecteur l'expérience d'un juré d'assises qui, face à toutes les pièces du dossier, se retrouverait confronté à son intime conviction.
Mon avis :
Parce que tout est flou. Et ça le reste.
On tourne autour des événements, sans jamais pouvoir trancher. Le roman montre aussi très bien la longueur du processus judiciaire. Parce qu’il est long. Vraiment long. Et pendant que rien ne semble se produire, tout a lieu dans la tête des personnages.
Le problème, c’est que les protagonistes passent beaucoup de temps à parler pour parler, à philosopher, à intellectualiser. Ils s’écoutent réfléchir. C’est pédant, parfois blablateux, et ça finit par me faire décrocher. Il y a des longueurs et ça manque d’umph, de pragmatisme. Le processus judiciaire est lent, bien sûr, mais le roman l’est aussi.
Par contre, l’autrice démontre très bien à quel point ce sont des situations où il s’agit de la parole de l’un contre celle de l’autre. On constate également les conséquences sur les proches, les collègues, la femme de l’homme accusé.
Et là-dessus, je trouve qu’il y a quelque chose d’intéressant : Rebecca n’est pas la victime « idéale ». Elle est antipathique, généralement assurée et affirmée. Ce qui fait que certains ne peuvent douter de ses allégations. Et on sait à quel point le système aime des victimes timorées, chamboulées.
Parlant d’antipathie, Baptiste aussi l’est. En fait, tous les personnages le sont. Et tout ça amplifie l’incertitude des juges. Ils ne savent pas qui croire. Ce qui m’a permis de prendre conscience d’à quel point, même si on dit que la justice doit se fier sur les faits, en l’absence de preuves, les personnes en situation décisionnelle peuvent se laisser tout de même influencer par la personnalité ou l’attitude de chacune des parties.
Au fait, « American way of style » page 53 : non. C’est soit « American way », soit « American style ».
Et quelle fin de marde !
Bref, sur le fond, le roman m’a plu. Il m’a fait découvrir les procédures judiciaires françaises. Mais la forme n’a pas réussi à me séduire. C’est vraiment une question individuelle, tu pourrais bien aimer la façon dont l’autrice présente son histoire.
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